[FAQ] La ligne arrière : le dernier rempart

Parce que les attaques NFL sont très aériennes, une bonne couverture par la ligne arrière est cruciale.

Après s’être intéressé aux hommes de la ligne défensive et leurs alignements puis aux linebackers évoluant sur le second rideau, le dernier rempart défensif, celui des cornerbacks et safety : leurs rôles et les différentes façons, pour un coordinateur défensif, de les utiliser. (le propos ici est de présenter les grandes lignes et non de perdre un lecteur, plus ou moins débutant, avec toutes les déclinaisons et subtilités possibles).

1- Cornerbacks

a) Extérieur

Ils sont chargés de défendre les receveurs près du bord du terrain. Basiquement, les zones où sont inscrits en chiffres les yards. Ces joueurs sont en duels et leurs marquages du receveur est soit en homme à homme soit en zone. En homme à homme dit « Man », ces cornerbacks se placent très près de la ligne d’engagement (« Scrimmage ») et dès que leur opposant commence son tracé, ils se servent de leurs mains pour essayer de les dérouter (ils peuvent les perturber physiquement sur les 5 premiers yards, ensuite cette attitude cause une pénalité). On parle alors de « Press Corner ». Quand aligné en couverture de zone alors, ces cornerbacks laissent davantage d’espaces à leurs opposants (10 yards environ), afin de tout d’abord lire leurs intentions et aussi de protéger la profondeur. Et si celle-ci est d’effectuer un tracé vers l’intérieur alors, le cornerback passe la main à un autre joueur car le receveur est ainsi sorti de la zone dont il est responsable. Certains de ces cornerbacks jouent toujours du même coté du terrain car ils y ont leurs automatismes. D’autres ont pour mission de défendre un receveur en particulier et vont du coté où celui-ci est aligné.

Exemple : Jalen Ramsey (Rams). Athlétique pour suivre et pour lutter avec un receveur, il est capable de contrôler un coté et/ou le meilleur receveur adverse. Il est également capable de jouer en zone, y compris à l’intérieur du terrain. Ici en photo de couverture quand il jouait à l’université de Florida State.

b) Intérieur

Appelé « Nickel », ce cornerback est chargé de marquer les receveurs alignés davantage au milieu du terrain (« Slot Receiver »). Ces joueurs offensifs étant souvent moins imposants mais plus vifs, ces cornerbacks ont le plus souvent les mêmes caractéristiques.

Exemple : Kenny Moore (Colts). Joueur vif et intelligent, s’il est très rarement au marquage du meilleur receveur adverse, son apport est indéniable. En 2020, il a signé 4 interceptions et a défendu 13 ballons lancés en direction de son receveur. 9 passes défendues dont 3 interceptions après 11 matchs en 2021. Lorsque l’on s’interroge sur les joueurs les plus sous-cotés en NFL, Kenny Moore est un candidat sérieux avec son rapport contribution/reconnaissance.

c) fiche de poste

Le poste de cornerback est une position dite premium dans ce sport. Cela suppose des qualités au-dessus de la moyenne car ces joueurs doivent être capable d’être suffisamment physique pour lutter avec des receveurs costauds et d’être suffisamment rapides pour pouvoir les suivre lorsqu’ils attaquent la profondeur. Un attaquant sait, avant l’engagement, quel est le plan de jeu appelé. Pas un défenseur. Celui-ci doit donc être compétent pour vite comprendre l’intention de l’attaque et pour y réagir en conséquence.

Pour ces joueurs, le must est de pouvoir intercepter le ballon. Pour cela, ils doivent être capable d’avoir un œil sur le receveur et l’autre sur le quarterback afin de déchiffrer son intention, puis la trajectoire du ballon. Plus qu’avoir un strabisme divergent, l’intelligence de jeu prime, comme dans tout sport. S’ils ne parviennent pas toujours à attraper le ballon, les cornerbacks effectuent des « play » précieux en signant une « passe défendue ». C’est à dire qu’ils touchent le ballon, suffisamment pour empêcher le receveur de l’attraper : soit en déviant le cuir devant l’attaquant, soit en éjectant le ballon des bras du receveur avant que celui-ci ne fasse les deux pas avec contrôle du ballon, nécessaires pour valider une réception.

d) bonus

Si la couverture aérienne est leur priorité, un cornerback doit aussi être capable de vite reconnaitre que l’attaque joue une course. Alors, il devra se défaire du receveur tentant de le bloquer pour aller prêter mains fortes aux autres défenseurs, pour stopper le porteur de ballon. Parfois, leur mission va être d’aller attaquer le quarterback : « Biltz ». En créant un surnombre face à la ligne offensive, le cornerback profite de ses qualités athlétiques pour avec vitesse, s’engouffrer dans un « Gap » (voir l’article sur les alignements) et mettre le quarterback au sol (sack), ou tout au moins perturber son lancer.

2- Safety

Le plus souvent aligné en paire, et parfois en trio, ces joueurs sont chargés de défendre l’axe du terrain sur le troisième rideau. Le plus souvent constitué de deux joueurs aux caractéristiques différentes, leurs profils sont complémentaires.

a) Strong

Comme son nom l’indique, il est le plus costaud dans la paire de safety. De par son positionnement, il serait presque un linebacker, car souvent aligné dans la « boite » (zone comprise en largeur entre les deux tackles offensifs et sur une longueur allant de la ligne d’engagement à 15 yards en retrait). Polyvalence est le maitre-mot pour ce joueur : poursuivre un coureur, couvrir un tight-end ou un receveur intérieur et attaquer le quarterback sont autant de missions qui leurs sont assignées.

Exemple : Jamal Adams (Seahawks). Capable de chasser un coureur d’un coté à l’autre ainsi que de transpercer la poche protectrice du quarterback, Jamal Adams est un strong safety sachant user de ses qualités naturelles ainsi que de son intelligence de jeu.

b) Free

Dans le soccer avant les années 2000s, on parlerait d’un « Libéro ». En Foot US, on parle d’un « Free Safety » ou d’un « Single High ». Il est le joueur chargé de couvrir l’axe dans la profondeur. Sa qualité première doit être la vitesse. Celle de ses pieds pour aller intervenir mais surtout, celle de son esprit pour comprendre où son équipe a besoin de lui : défendre un receveur venant dans sa zone, offrir une prise à deux à un cornerback ou se servir de son rôle d’homme libre pour attaquer le quarterback ou un porteur de ballon.

Exemple : Minkah Fitzpatrick (Steelers). Joueur polyvalent par excellence, il a joué toutes les positions de la ligne arrière lorsque à l’université de Alabama. Lors de la saison 2020, il a apporté à son équipe NFL plaquages (79) et couverture (11 passes défendues dont 4 interceptions).

c) fiche de poste

Ces joueurs doivent autant défendre la course que la passe. Qualité en plaquages, de vitesse et intelligence de jeu sont donc primordiales. Pour les plus jeunes, ci-dessous quelques actions de la perfection incarnée à ce poste  : Ed Reed.

d) bonus

Certains coordinateurs défensifs aiment utiliser non pas deux mais trois safety. Ces joueurs, de par leurs gabarits et leurs formations, permettent en effet de défendre de plusieurs façons différentes. D’autres coordinateurs préfèrent avoir deux safety avec les mêmes assignations : pas de strong ou de free mais deux joueurs se partageant l’axe profond de la défense et dont les missions varient d’un jeu à l’autre, et ce de façon interchangeable.

3- Couverture en zone

a) Cover 2 et Tampa 2

Le terme « Cover 2 » signifie que deux joueurs se partagent l’axe profond du terrain. Ces deux safety protègent donc cette zone de toute intrusion, système notamment efficace face à une attaque recherchant souvent la profondeur. Les cornerbacks extérieurs dans ce système occupent soit eux aussi une zone (leur coté respectif) ou soit sont en marquage individuel avec un receveur (Cover-2 Man). Le système dit « Tampa 2 » est une variante de la « Cover 2 », la différence étant que le linebacker central est lui aussi charger de couvrir une zone profonde (celle la plus dans l’axe). C’est pourquoi le coordinateur des Texans Lovie Smith, adepte de la Tampa 2, a fait venir à l’intersaison 2021 un linebacker avec des qualités en couverture : Christian Kirksey (5 passes défendues et 1 interception en 8 matchs 2021).

La force de ce système est de limiter les gros jeux adverses avec des joueurs protégeant la profondeur ou capable d’aller offrir une prise à deux à un cornerback, face à un receveur dominant. La faiblesse est la boite (voir définition plus haut, si cela vous a échappé). Un quarterback capable d’être régulier dans ses passes courtes à des receveurs effectuant un tracé vers l’intérieur, peut battre ce système. Idem pour un running-back qui aura moins de joueurs à battre dans sa course.

b) Cover 3

Trois joueurs se partagent la profondeur du terrain : un safety au milieu et deux cornerbacks de chaque coté. L’avantage est d’avoir un joueur supplémentaire sur le second rideau. Depuis la ligne défensive, ce système pourrait être schématiser en 443. Un joueur en plus pour pouvoir, suivant les séquences, attaquer le coureur ou le quarterback ou couvrir un tight-end. C’est la force de ce système. La faiblesse est double. Tout d’abord si 3 joueurs se partagent la profondeur, les zones intermédiaires sont elles relativement vulnérables. Voila pourquoi la défense des Raiders, sous Gus Bradley qui prêche ce système, se fait très souvent avoir avec des « passes écrans » (passes courtes distances à l’extérieur) ou avec des tracés de receveurs feintant l’attaque en profondeur puis stoppant son sprint pour attraper le ballon dans la zone libre (tracé dit « Comeback »). La seconde faiblesse sont les deux zones entre le safety et les cornerbacks. Là, si le safety ne lit pas correctement l’intention du quarterback ou, s’il y a déjà un receveur arrivant dans sa zone, la couverture est souvent battue.

c) bonus

Il existe d’autres dispositions comme la « Cover 1 » où seul un safety se charge de la profondeur pendant que tous les autres arrières sont en marquage individuel. La « Cover 4 » divise la profondeur avec 4 joueurs, la « Cover 0 » où tout le monde est en marquage individuel. Et encore bien d’autres déclinaisons possibles.

Chaque entraineur et/ou coordinateur défensif a une préférence pour un système. Donner une base aux joueurs est primordial. C’est le cas de Vic Fangio (Broncos) et de Brandon Staley (Chargers) pour le système en « Cover 2 ». Le cas pour Gus Bradley (Raiders) pour la « Cover 3 ». Mais bien entendu, ce sport se basant beaucoup sur les feintes et des alignements différents pour surprendre l’adversaire, toutes les défenses NFL utilisent plusieurs système : d’un jeu à l’autre ou en fonction d’un adversaire en particulier (suivant son alignement offensif, revoir ici les différentes formations). Et pour cela, le maitre est Bill Belichik (Patriots).

 

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