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[One-Year Wonder] Larry Brown : une nuit de rêve dans l’antre du Diable

Le Diable s'habille en Cowboy !

Le temps d’une saison, ils y ont cru. Le temps d’un match, ils ont tutoyé la gloire avant qu’elle ne les fuit inexorablement. Brutalement parfois. Une idylle sans lendemain. Un coup d’un soir. Un one-night stand. Des one-year wonders. Ces stars aussi éphémères que des étoiles filantes.

L’AVANT

Ses immeubles art déco aux façades pastels. Ses plages de sable blanc et fin. Ses eaux turquoises cisaillées par le va-et-vient des yachts et hors-bords. Si c’est dans le décor de Miami que vient au monde Larry Brown au crépuscule des 70’s, c’est dans une autre ville aux allures de plateau de cinéma exagérément vaste qu’il grandit. Sous le bleu des Romans de Los Angeles High School, à l’autre bout du pays, l’ado découvre le football et la vitesse. Sous les couleurs d’un bahut qui a vu passer Charles Bukowsky et sa prose éthylique, l’acteur en herbe Dustin Hoffman ou encore Charles Francis Richter et son échelle, Larry se bâtit vite une réputation d’athlète véloce et instinctif qui lui vaut de rafler quelques distinctions au niveau local. Pas de quoi lui offrir de bourse d’études tous frais payés pourtant. Malgré ses qualités de footballeur et de sprinteur, il passe sous le radar des recruteurs. Même des écuries les plus modestes de la scène universitaire.

« D’une certaine manière, je n’ai pas eu l’attention que j’aurais dû avoir car je n’ai pas été dans une des grosses fabriques à footballeurs de LA comme Carson, Banning ou Dorsey, » explique-t-il au Los Angeles Times en 1993.

Bredouille, sans option, il s’inscrit au Los Angeles Southwest College, une petite fac publique de deux ans son aînée seulement. Un établissement jeune et modeste sous la tunique duquel il se glisse dans le rôle de running back avant d’être muté en défense au cours de son année de sophomore. Une reconversion payante qui lui vaut de souffler de nouvelles récompenses après avoir entassé 61 plaquages et intercepté quatre ballons à un poste pour lequel il semble plus que jamais taillé. Un repositionnement providentiel qui lui vaut d’attirer l’attention de quelques jolies cylindrées de la NCAA. Junior, il quitte le sud de la Californie pour un décor moins enchanteur.

À Fort Worth, à quelques bornes à l’ouest de Dallas, Larry découvre un football nettement plus rapide et physique. Titulaire à gauche pour sa première année sous le mauve de TCU, il empile 27 plaquages, pique un ballon et rabat une passe en cinq rencontres avant que sa saison soit stoppée nette par une blessure à la cheville. Une première campagne supersonique, mais où il s’entiche déjà d’une réputation de big playmaker. De type au flair aiguisé pour lire le jeu et sortir le tampon ou dégainer la main au bon moment. Senior rétabli et en pleine possession de ses moyens, il claque 75 plaquages, vole deux passes et court-circuite dix lancers, plus qu’aucun autre Horned Frog. Face aux Cowboys d’Oklahoma State, il enfile son costume de shérif, ajuste son étoile et entasse dix plaquages dans un rôle de coffre-fort sur son aile gauche. Convié au Blue-Gray Football Classic, sorte de All Star Game universitaire disputé dans l’Alabama depuis 1939, il plaque neuf fois, rabat une passe et est sacré MVP de la rencontre. Joueur irréprochable, pas toujours génial, mais rarement coupable, il s’avance à pas feutrés vers la NFL avec pour plus bel atout une rigueur indiscutable et un esprit besogneux sans borne grâce auquel il maintien un niveau de forme impeccable. Un pro avant l’heure.

Le douzième. Un tour enterré depuis 1994. L’ultime tour de la draft 1991. Larry Brown devra attendre le dernier wagon du repêchage pour enfin entendre son nom retentir, en 322e position. Un gruppetto de types presque condamnés à l’anonymat. Six choix plus tard, le receveur d’UNLV Keenan McCardell parviendra pourtant à sublimer cette fine opportunité. 44e receveur parmi les 45 de la promo 91, il décrochera deux bagues, disputera deux Pro Bowls et effacera la barre des 10 000 yards en carrière. À 21 piges seulement, loin derrière les futurs Hall of Famers Brett Favre et Aeneas Williams, ou son futur équipier Leon Lett, Brown devient, lui, le plus jeune joueur jamais sélectionné par la franchise de Dallas. Recrue de fin fond de Draft, dans le ranch des Cowboys, personne n’attend grand chose de lui. Tout au long de l’été, le cornerback doit suer à grosses gouttes pour mater la concurrence et décrocher sa place dans le roster final. Un invité surprise malgré quelques pépins physiques et soucis familiaux qui l’auront privé de quelques séances d’entraînement précieuses pour une recrue au CV maigrichon.

Rookie, Larry continue de déjouer les pronostics, détrône Manny Hendrix et s’invite dans l’alignement de départ dès la semaine 4. Il ne le quittera plus de la saison. Ni de la suivante. Verrou côté droit, il participe à la résurgence d’une défense talon d’Achille d’un effectif jeune et bourré de talent en attaque qui s’apprête à faire main basse sur la décennie 1990. « La clé pour nous a été le développement et la prise d’expérience de nos jeunes joueurs, » confirme Wannstedt au LA Times. Des types comme le linebacker Robert Jones et le cornerback Kevin Smith, rookies en 1992, et comme Larry Brown qui, pour sa première année chez les pros, dérobe deux passes, en détourne 18, amasse 68 plaquages et se fait taille une place sur l’équipe type des rookies de l’année.

Sophomore, Larry Brown maintient la cadence, empile 61 plaquages et vole une passe. Un an après avoir sélectionné le tout premier joueur de la cuvée 1991 et forts de leur échec de l’an passé, battus par les Lions de Barry Sanders au deuxième tour des playoffs après être allés arracher la victoire à Chicago la semaine précédente, les Cowboys marchent sur la concurrence. Portés par leur armée de Pro Bowlers en attaque, ils ne trébuchent que trois fois et décrochent leur premier titre de division depuis 1985. Philly maté au premier tour, Dallas détrousse les chercheurs d’or en finale de conférence dans un match où Larry Brown fait parler ses talents de big playmaker en faisant sauter le ballon des bras de Ricky Watters en première mi-temps.

Fin janvier 1993, à quelques jours du Super Bowl XXVII, Larry Brown retrouve une Cité des Anges qu’il connait si bien. Pendant qu’une nuée de journalistes s’agglutine autour de Troy Aikman, Emmitt Smith, James Washington, Ken Norton et même le coordinateur offensif Norv Turner, le cornerback passe inaperçu. Il est pourtant l’un des trois seuls Cowboys à avoir grandi à Los Angeles. Mais son histoire ne semble pas vraiment intéresser les gratte-papier en quête de bon mot. Une indifférence qui le laisse de marbre.

« Non vraiment, ça ne me dérange absolument pas que la moitié des gens présents ici ne sache même pas que je viens de Los Angeles, » confie-t-il Lonnie White du LA Times le 28 janvier 1993. « À Dallas, les gens savent qui je suis. »

Équipiers du One-Year Wonder Steve Beuerlein au lycée, Norton Jr. et Washington ont fait leurs classes à UCLA avec Troy Aikman. Coordinateurs offensifs et défensifs, Turner et Dave Wannstedt se sont côtoyés sur les lignes de côté du Coliseum de USC au milieu des 80’s. En homme des grand soirs, Larry Brown va se charger de rappeler aux quelques ignorants qui il est dans un match qui va vite tourner au carnage.

Sur les talons en défense, malmenés en attaque, les Cowboys vivent un début de match cahoteux pourtant, incapables de s’ajuster face à l’agressivité des Bills des deux côtés du ballon. Impressionnant de maîtrise malgré son jeune âge, Troy Aikman calme ses troupes et la paire de safety Kenneth Gant et James Washinton sonne la charge. Le premier fout les boules à Jim Kellu en le blitzant rageusement, le second attrape une passe lancée dans l’urgence et le tight end Jay Novacek permet à Dallas de recoller. Quinze secondes plus tard Charles Haley gobe le passeur de Buffalo et les Texans récupèrent le ballon dans la peinture. Le match vient de basculer en un éclair. Spectateur lointain, mais privilégié, Larry Brown savoure ce délicieux plot twist. Le temps de se gourer de mains sur un quatrième essai déjà clutch aux portes de la peinture, Jim Kelly se fait démolir le genou. Le même qui l’avait déjà privé des deux premiers match des séries. Pendant que les Triplets traversent le terrain à fond la caisse pour creuser l’écart, le palpitant en émoi, Frank Reich réajuste son costume de héros providentiel. À peine le temps d’ajuster les manches que Thurman Thomas dégueule le ballon et Michael Irvin s’offre un doublé. C’est bientôt l’heure d’entrée en scène pour Larry Brown dans un match qui semble déjà avoir trouvé son vainqueur.

En position shotgun, Frank Reich dégaine rapidement une passe un brin mollassonne en direction du bord du terrain. Le lancer adressé à Don Beebee est trop court, le marquage de Larry est parfait et le cuir atterrit dans ses bras comme s’il lui était destiné. Devant les 22 membres de sa famille pour lesquels le cornerback a réussi à dégoter des billets, il fait ce qu’il sait faire de mieux : un big play. Un énième revirement dans une partie où les Cowboys en forceront le nombre record de neuf. Harassés, concassés, laminés, les joueurs de Buffalo vont vivre un calvaire. La seule lueur dans cette nuit cauchemardesque, le retour fabuleux de Beebee sur un Leon Lett trop pressé de célébrer sur un énième turnover. Triste nuit californienne pour des Bills une nouvelle fois giflés à 60 minutes du sacre. Une troisième échec consécutif en trois ans. Pour Larry Brown, une mise en bouche. Une répétition générale avant ce qui sera le plus grand jour de sa carrière de footeux. Mais il lui reste encore quelques années à patienter.

Entre cinquante et soixante plaquages, pas la moindre interception en 1993, mais quatre la saison suivante. Verrouillé sur le flanc droit de la défense, Larry Brown apporte sa modeste contribution à un rouleau compresseur qui inhume pour de bon les espoirs de titre des Bills en 1994 en leur infligeant un terrible quatrième revers consécutif sur la scène du Super Bowl XXVIII, avant d’être matés aux portes du Big Game par les 49ers de Steve Young et Jerry Rice.

LE PENDANT

En 1995, à peine un an après avoir déboulé dans la baie de San Francisco en provenance d’Atlanta, Deion Sanders se fait la malle pour rejoindre Jerry’s World. Un théâtre à la mesure de son égo, de son caractère fantasque et de ses ambitions. Blessé, il ne participera qu’à neuf rencontres pourtant. Bien épaulé par la solide paire Darren Woodson et Brock Marion pour lui couvrir les arrières, Larry Brown vit l’un des saisons les plus accomplies de sa carrière. S’il se casse les dents sur la barre des 50 plaquages, il intercepte six passes et claque deux touchdowns. Les deux face aux Eagles. Un par match. Injouables, les Cowboys enchaînent leur quatrième campagne à douze victoires ou plus et conservent aisément leur couronne de la NFC Est. Les Aigles plumés, les Packers réduits en fondue grâce à une nouvelle interception de Larry, les Boys se présentent au Sun Devil Stadium de Tempe avec la faveur des pronostics face à des Steelers en quête de retrouvailles avec leur glorieux passé.

Dans l’antre des Diables d’Arizona State inondé d’un soleil qui se glisse tranquillement sous ses draps et bercé par 20 degrés printaniers, les Cowboys frappent les premiers avant de tomber dans une guerre de tranchée stérile et somnolente. Si les Steelers répliquent en fin de mi-temps, cadenassé et pas vraiment emballant, le premier acte ne restera pas dans les annales. Diana Ross, tifo, feu d’artifice, pour ses 30 ans, le Super Bowl s’offre un show coloré, lui, pour animer l’entracte et ranimer les 76 347 spectateurs anesthésiés par trente première minutes pas vraiment à la hauteur de l’événement. Et la seconde mi-temps va vite les faire piquer du nez à nouveau. Agressif, le pass rush des Steelmen étouffe la ligne offensive texane, Troy Aikman n’a pas une seconde pour dégainer et Emmitt Smith pas la moindre brèche dans laquelle s’engouffrer. L’attaque de Pittsburgh n’est pas plus inspirée et les deux mastodontes s’échangent les punts. Il faudrait une étincelle pour enflammer le match. Elle va venir de Larry Brown. Le big playmaker.

Sans véritable panache, les Steelers remontent mollement jusqu’à leur ligne de 48. La voie terrestre encombrée comme un jour de chassé-croisé aoutien, Neil O’Donnell choisit l’autoroute des airs. Pas son raccourci le plus inspiré. Le receveur Ernie Mills repique vers l’intérieur du terrain, le quarterback panique et expédie la gonfle dans la direction opposée. Pas le moindre receveur dans les parages. Au lieu de ça, il trouve le bide d’un Larry Brown qui n’en demandait pas tant. Le cornerback s’empare du cuir et écrase la pédale dans la direction opposée pour n’être expédié en touche que 44 yards plus loin. « Le ballon m’a glissé des mains, » lâchera le coupable en guise d’excuse. « Ce sont des choses qui arrivent. » Aikman-Irvin-Smith. Les Triplés capitalisent et creusent l’écart en deux petites actions. 20-7. Le mazout vient d’assommer l’acier. Le pragmatisme défensif des Cowboy a fait la différence.

« Nous avons énormément blitzé dans ce match, » explique Larry dans les pages web d’ESPN en 2006. « Mike Zimmer, notre coordinateur défensif, disait toujours, ‘Soyez là où vous êtes sensés être.’ Très souvent les types qui se retrouvent en difficulté le sont car ils sont hors de position. Sur ma première interception, j’étais là où j’étais sensé être. Charles [Haley] met une super pression et frappe presque la main d’O’Donnell, ce qui altère la trajectoire du ballon. Ça a vraiment été une interception cadeau. »

Dans un match qui semble déjà vouloir choisir son vainqueur, les Steelers vont puiser dans leurs réserves pour maintenir le suspense en vie. Un field goal aux allures de revers sur le coup, compensé par un onside-kick que même les voyants les plus éclairés n’avaient pas vu venir puis la grosse bedaine de Bam Morris qui croise la ligne. Pittsburgh n’a plus que trois pions de retard. Les serviettes jaunes tournoient dans la nuit tombante de Tempe. Il ne reste plus que cinq minutes. Le dénouement promet d’être grandiose.

Troy Aikman refoulé dans la mauvaise direction, les joueurs de Pennsylvanie récupèrent le cuir avec 4 minutes et 45 secondes au chrono. Ils tiennent leur destin entre leurs mains. Un destin que Neil O’Donnell va se charger de balancer par la fenêtre. Après un premier lancer infructueux en direction d’Andre Hastings, le quarterback enfile son plus beau costume de scénariste d’Hollywood en pondant un remake sans une once d’inspiration de sa première interception. Un blitz de fou furieux, encore, et une passe précipitée sur le flanc droit de la zone intermédiaire à des années lumières de toute forme de vie sapée de jaune et noir. Larry Brown a tout lu. Le ballon lui tombe dans les mains et il file 33 yards dans la direction opposée avant d’être rattrapé par la patrouille à six longueurs seulement de l’en-but, à deux doigts d’un pick-six. Le quarterback comptait sur un cut vers l’extérieur de Corey Holliday, son receveur a opté pour l’intérieur. Viser une zone plutôt qu’un homme. Erreur de jugement fatale. Surtout quand le type ciblé se goure de lecture et se fait court-circuiter par son vis-à-vis.

« J’ai vraiment joué à pile ou face et heureusement j’ai gagné et réussi l’interception, »  raconte Larry. « J’ai juste bondi vers l’avant et ai été cueillir le ballon. »

Une vendange fructueuse que l’attaque va se charger de transformer en délicat millésime. Deux actions plus tard, en vigneron aguerri, Emmitt Smith réalise un crochet PEGI 18 pour dompter le plaquage de Levon Kirkland et plonger dans la peinture bleue. Un doublé synonyme de consécration. 27-17. Il n’y aura pas de miracle.

Sept plaquages, deux passes défendues, deux interceptions qui débouchent sur deux touchdowns. Roi tu timing, Larry devient le premier cornerback couronné MVP du Super Bowl. Plus de deux décennies après le Dauphin Jake Scott en 1973, il est seulement le second defensive back à recevoir pareil honneur. Héros improbable d’une formation blindée de futurs Hall of Famers de la tête au pied. Troy Aikman, Emmitt Smith, Michael Irvin, Deion Sanders. Ce soir de janvier 1996, la star de la plus belle dynastie des 90’s se nomme Larry Brown. Titulaire depuis six ans et son année de rookie, joueur respecté, il récolte enfin la notoriété tant méritée aux yeux du grand public.

« Pour être honnête avec vous, ma vie a un peu changé, » confesse-t-il à rétrospectivement NFL.com en janvier 2012. « Le gens en savaient soudainement davantage sur Larry Brown. Je suis titulaire depuis mon année de rookie. À partir du moment où vous êtes titulaires, les autres joueurs et coachs dans la ligue savent qui vous êtes. Quand vous êtes partant pendant six ans, ont ne peut pas tout résumer à un match. Le Super Bowl m’a juste donné davantage de notoriété. »

Un juste retour des choses. « Ça n’aurait pas pu arriver à un meilleur type que lui, » se réjouit Russell Maryland, defensive tackle et coéquipier de Larry. Car si la campagne 1995 s’achève dans les larmes de joie, elle avait débuté dans les larmes d’une infinie tristesse. Celle d’un drame qu’aucun père de famille ne souhaite connaître. Celui de perdre son fils prématuré de dix semaines et encore trop frêle pour affronter la vie. Un drame déchirant qui n’a pas empêché Larry Brown d’enfiler son casque et son plastron sous le regard admirateur d’un Troy Aikman qui en aurait été incapable.

L’APRÈS

Tournée des plateaux, talkshows, émissions diverses et variées. Pendant un mois, Larry Brown vit la vie de ses stars de potes de l’attaque. Puis on rebouche gentiment le champagne et on le range au frigo. Au plus grand soulagement du cornerback. « Jamais je n’aurais pu vivre comme ça, » s’amuse-t-il. Fraîchement auréolé d’un troisième titre en quatre ans, flairant le vent tourner, Larry décide d’aller voir ailleurs et paraphe un contrat de cinq ans et 12,5 millions avec les Raiders. Le porte-monnaie à l’étroit, serré par le salary cap, les Cowboys n’avaient pas le moyen de le conserver. Blessé au pied, Brown manquera la moitié de la saison. Titularisé une seule fois, il aura à peine le temps de signer une interception. Sa seule de l’année. La dernière de sa carrière. S’en suit un saison à oublier, où il ne débute pas la moindre rencontre, ne voit le terrain qu’au cours de quatre d’entre elles et doit se contenter de quatre plaquages faméliques. Cerise sur ce gâteau au goût douteux, il est suspendu quatre semaines par son coach Joe Bugel pour « conduite contraire à l’intérêt de l’équipe. » On n’en saura pas davantage. Après deux années à ranger aux oubliettes, il quitte Oakland.

S’il affirme ne « pas avoir de regrets, » il reconnaît que s’il pouvait faire autrement, il choisirait une organisation avec davantage de stabilité. Agent libre, les Vikings le signent dans l’espoir de raviver sa carrière et de boucher les trous de la passoire qui leur fait office de secondary. Blessé, incapable de défendre ses chances, il est libéré avant même que la saison 1998 ne débute. Le 2 décembre, après trois mois à se faire à l’idée que sa carrière touche à sa fin à seulement 29 piges, il reçoit un coup de fil des Cowboys. Son expérience est requise pour apporter un peu de profondeur et d’épaisseur au rideau défensif. Il disputera quatre bouts de match, se contentant d’un plaquage, avant de raccrocher son heaume et ses crampons pour de bon.

Invité épisodique sur différents plateaux radio ou TV, Larry devient finalement un régulier à force d’être convié encore et encore pour y partager son oeil, son vécu et sa connaissance du jeu. La suite logique pour ce diplômé en audiovisuel à TCU.

« Je ne me vois pas comme un type que l’on met devant une caméra. Je me vois comme un pourvoyeur d’information. Quand tu regardes un match à la télévision, les gens s’attendent à ce que vous leur appreniez des choses qu’ils ignorent. »

Tout juste retraité des terrains, Larry ne tarde pas à rejoindre l’équipe d’ESPN et des ondes de l’émission College Gameday. Après quelques années à commenter le foot universitaire, père de trois enfants, il retrouve ses Cowboys et les émissions d’avant et d’après-match. Une évidence pour lui.

« Je savais que je voulais faire quelque chose en lien avec l’audiovisuel, mais je n’ai jamais imaginé que je me retrouverais devant la caméra, » explique-t-il à Van Adams de NFL.com« En audiovisuel à TCU, ils nous enseignent comment produire une émission, la monter et ce genre de choses. »

Dans son nouveau costume d’analyste, il prend la mesure de l’importance du Super Bowl. Un match qu’il a remporté trois fois sans véritablement en saisir la portée. En février 2004, assigné au vestiaire des perdants, il peut lire « la déception, la frustration, la colère » sur les visages de Panthers qui viennent de voir leur rêve évaporé par les Patriots d’un Tom Brady qui n’a pas encore les mains pleines de bagues.

En 2006, sous l’air conditionné douillet du Ford Field de Détroit, la NFL honore les héros des Super Bowls passés. Ses coéquipiers Troy Aikman et Emmitt Smith, les légendes texanes Roger Staubach et Randy White, les Niners Joe Montana et Steve Young, les Steelers Lynn Swann et Franco Harris, Richard Dent, Doug Williams, Jerry Rice, Marcus Allen. Un casting de stars au milieu duquel se glisse le cornerback. Malgré les breloques qui pendouillent à ses doigts, son CV vierge de tout Pro Bowl semble ridicule à côté de ces types aux mille et un records dont le buste trône à Canton. Pourtant, dans un stade très largement acquis à la cause des Terrible Towels, le défenseur ne va passer inaperçu.

« Les gens pariaient sur qui allait le plus se faire siffler, » raconte-t-il à ESPN en 2016. « Ça s’est joué entre Ray Lewis et moi. Quand Troy (Aikman) s’est avancé, ils l’ont applaudi. Moi ? J’ai été conspué évidemment. J’ai dit à ma femme, ‘De tous les Super Bowls où ils nous rendent hommage, il fallait que ça tombe sur un avec les Steelers.’ Il m’haïssent toujours autant pour ce que je leur ai fait. Ils n’ont pas sifflé Troy et Emmitt (Smith). Ils m’ont sifflé moi. »

Le souvenir d’un match. Le souvenir d’un joueur. Le souvenir d’une carrière qu’il est bien trop réducteur de résumer à une rencontre. Car s’il demeure pour beaucoup le type qui a écoeuré les Steelers un soir de janvier 1996 dans le désert de l’Arizona, Larry aura été l’un des grands artisans du dernier sacre des Cowboys du début jusqu’à la fin. D’une saison régulière accomplie à un Super Bowl étincelant en passant par une finale de conférence épique.

« Charles Haley m’a dit, ‘Beaucoup de gars passent dans cette ligue, c’est impossible de se souvenir de chacun d’eux.’ Et je n’oublierai jamais ça. Je ne connais pas tout le monde, mais je connais les noms qui comptent le plus. Je regarde ma carrière et je pense aux types qui connaissent mon nom : Marcus Allen, John Elway, Brett Favre, Jerry Rice. Ces gars savent qui est Larry Brown. Et pas seulement grâce à mes deux interceptions. Ils le savent car j’ai eu la chance de jouer au plus haut niveau avec eux et de le faire avec succès. »

« Au final, j’ai été titulaire avec trois équipes sacrées championnes. »

Un destin grandiose pour un type drafté dans un douzième tour qui n’existe plus au 21e siècle. Un type qui n’aurait probablement pas été drafté dans la NFL d’aujourd’hui. Plus qu’un simple coup d’un soir, qu’une aventure d’une nuit, Larry Brown, c’est un frisson d’une année. Une année aux allures d’aboutissement d’une carrière qui embarquera vite sur l’autoroute du déclin. A one-year wonder.

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