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[One-Year Wonder] Barry Foster : Barry wild

Le temps d'une saison, il y est allé Franco !

Le temps d’une saison, ils y ont cru. Le temps d’un match, ils ont tutoyé la gloire avant qu’elle ne les fuit inexorablement. Brutalement parfois. Une idylle sans lendemain. Un coup d’un soir. Un one-night stand. Des one-year wonders. Ces stars aussi éphémères que des étoiles filantes.

L’AVANT

Duncanville, dans la grande banlieue de Dallas. C’est dans cette petite agglomération en plein boom démographique que Barry Foster fait ses premiers pas de footballeurs. Au coeur des 80’s. Sous le bleu-blanc-rouge des Panthers de D’Ville High School, le natif de Hurst, localité coincée à quelques bornes de là, entre Arlington et Fox Worth, rafle deux titres de district en 1986 et 1987. Nommé Joueur de l’Année 87 et First-Team All State, il compense sa petite taille par ses larges épaules pour percer les défenses et se muer en coureur polyvalent. Par particulièrement rapide, mais vif et malin dans ses déplacements, avec un flair pour les grands espaces. Convoité par les superpuissances locales de Texas et Texas A&M, ou par les voisins d’Arizona State, il opte finalement pour le nord et Fayetteville.

« Arkansas m’a convaincu en me promettant que je pourrais jouer dès ma saison de true freshman, » confie-t-il à WholeHogSports.com en 2003. « Et quand je suis arrivé là-bas, je suis tombé amoureux des Razorbacks et tout ce qui allait avec. Ça a été un super choix pour moi. »

Dans la wishbone offense de Ken Hatfield, il endosse le rôle fullback dans la garde rapprochée du quarterback. Le passeur accroupi derrière le centre, Barry Foster légèrement en retrait et deux halfbacks plus rapides et tranchants flanqués de part et d’autre. Une attaque triple option survitaminée dans laquelle il fait parler son physique cubique. Moins d’un mètre 80, plus de 100 kilos, il tourne pourtant à 5,3 yards de moyenne en trois saisons. Trois saisons marquées par une progression constante et une efficacité intangible. 484 yards pour son année de freshman en 1987, 660 l’année suivante et 833 pour sa dernière campagne sous le rouge cardinal du programme octogénaire à l’époque de Fayetteville. Face à Miami en 88, il transperce l’ouragan floridien à pleine vitesse pour un impressionnant touchdown de 80 yards aux allures de post-it pour les défenses adverses : il n’est pas un fullback comme les autres. Barry quitte la horde des Razorbacks avec 19 touchdowns au sol au compteur et des stats de dingue dans les airs malgré une implication minimaliste : 13 réceptions, 252 yards, 19,4 unités de moyenne et trois touchdowns en bonus. De quoi donner des idées à des coordinateurs offensifs créatifs.

Encore junior et en pleine progression, ses plans de carrière prennent un virage à 180 degrés lorsque sa mère tombe malade. Un salaire en moins, sa famille se retrouve dans l’impasse financière et Barry décide de sacrifier son année de senior pour sauter dans le grand bain et rafler le joli chèque qui va avec. De quoi souffler pendant quelques mois et envisager l’avenir plus sereinement. Un choix rendu d’autant plus aisé lors que Ken Hatfield fait ses valises pour prendre les commandes des Tigres de Clemson.

« Il n’était pas question que je reste à Arkansas si ça devait être sous les ordres d’un autre coach que Ken Hatfield, » tranche-t-il.

S’il quitte l’imposant et bucolique campus centenaire de Fayetteville après seulement trois années, il aura eu le temps d’empiler près de 2000 yards et une flopée de touchdowns, de décrocher deux titres de conférence et de gratter plus de 1000 longueurs sur les phases de retour de kick, dans un rôle de joueur d’équipes spéciales surprenant pour un type estampillé fullback et qui devrait lui valoir quelques points bonus auprès des recruteurs NFL. Le 22 avril 1990, exclu du dortoir réservé aux athlètes et privé d’accès aux installations sportives par Jack Crowe, ancien coordinateur offensif promu head coach, après avoir annoncé son intention de renoncer à sa dernière année d’éligibilité, il retient son souffle en solo. Tendu comme un string, fixé sur le lit de sa chambre rudimentaire, il ne lâche pas la petite lucarne des yeux. Draft day. Soudain, la sonnerie du téléphone vient briser le silence pesant. Au bout du fil, un recruteur de Cleveland. Vaincus par les Broncos en finale de conférence quelques mois plus tôt, les Browns de Bernie Kosar et Ozzie Newsome sont ambitieux et comptent sacrifier le 45e choix général (2e tour) sur Barry. Un immense soulagement pour le fullback.

« J’étais tellement excité d’être sélectionné dès le deuxième tour, » confiera-t-il en septembre 2013, au soir de son intronisation au Sports Hall of Honor de l’Université d’Arkansas. « Je me suis dit, ‘J’ai pris la bonne décision en filant déjà chez les pros.’ »

À peine le temps de rêver, les Browns lui flanquent une râteau majuscule et utilisent leur premier choix de cette cuvée 1990 pour attirer entre leurs crocs Leroy Hoard, l’armoire à glace de Michigan. Pas le moindre appel. Aucune explication. Aucune excuse. Rien. Il n’entendra plus jamais parler de Cleveland. Scotché, il reste une bonne heure planté sur son pieux à soudainement tout remettre en question. Ses belles certitudes d’il y a 30 minutes à peine ont été éparpillées aux quatre vents. Il est désormais convaincu d’avoir fait la pire connerie de sa vie.

Pendant ce temps-là, drafté par les Jets dès le deuxième choix général, Blair Thomas s’offre un petit moment de gloire avant de vite retomber dans l’oubli malgré une saison de rookie prometteuse. En 17e position, les Cowboys profitent d’un choix hérité des… Steelers pour réaliser un coup d’enfer en mettant le grappin sur leur troisième triplé : Emmitt Smith. Puis au milieu de coureurs aux carrières anecdotiques, se glissent Rodney Hampton et ses deux bagues sous le bleu des G-Men, Harold Green et son Pro Bowl en 1992 sous les rayures des Bengals, le déménageur Leroy Hoard donc, Pro Bowler avec les Browns en 94 avant de finir sa carrière chez les Vikings de 1998 et leur attaque tout feu tout flamme, Chris Warren le cheval de trait des Seahawks pendant sept années et habitué des fiestas hawaïennes de fin de saison, Larry Centers le fullback All-Pro des Cardinals en 1996 et au cinquième tour, loin, trop loin au goût de l’intéressé : Barry Foster.

« Ça a été une vraie déception de partir si loin, » explique-t-il à Sports Illustrated. « Les Browns m’ont appelé au deuxième tour et m’on dit qu’ils allaient me choisir, mais ils m’ont laissé passer finalement. »

Écoeuré, il a éteint sa téloche et est parti retrouver d’autres coéquipiers dont l’avenir de footeux se joue en direct depuis belle lurette. Ce n’est que quelques heures plus tard, en appelant sa boîte vocale, qu’il y découvre un message des Pittburgh Steelers lui annonçant sa sélection au cinquième tour. Déçu de n’être que le 128e type recruté, il savoure tout de même cet accomplissement que des milliers d’apprentis footeux ne vivront jamais et retourne une énième fois sa veste. Il a fait le bon choix, finit-il enfin par se convaincre. Il est un joueur de football professionnel.

À Steel City, Barry Foster intègre timidement une attaque sans star et sans grand talent. Commandés par l’éternel Chuck Noll et portés par le talent juvnile de Rod « Pas Encore God » Woodson, les Steelers compensent leurs lacunes offensives par une défense agressive qui fait honneur à leur héritage des années 70. Si le Rideau de fer soviétique vit ses derniers jours, le Steel Curtain de Pennsylvanie renaît lentement de ses cendres. Rookie titularisé à une seule petite reprise, Barry doit se contenter de miettes, amasse tout juste 200 yards à une jolie moyenne de 5,6 unités par course et profite de la réception des Chargers en semaine 5 pour inscrire son premier touchdown. Son seul cette saison-là. Figurant en attaque, il devient un pion précieux sur les équipes spéciales. Sauf en semaine 7, sur la pelouse du Candlestick Park de San Francisco. Positionné dans le fond du terrain, prêt à réceptionner le ballon et pourquoi pas entamer une folle remontée, il laisse finalement le cuir rebondir sans prendre soin de le « geler », préférant laisser ce soin aux Niners. Seulement, la règle du ballon mort ne s’applique qu’aux punts. Brain fart. Sur un coup d’envoi, tout ballon non-immobilisé par l’équipe le recevant devient de facto un fumble. Les 49ers récupèrent la gonfle et enfoncent le clou dans le cercueil des Steelers. Faute professionnelle.

Un an plus tard, ce piteux épisode digéré, Barry Foster piétine les Bills dès la deuxième semaine. Propulsé par un touchdown de 56 yards, il n’a besoin que de 9 courses pour amasser 121 yards. Toujours aussi efficace (5,1 yards par course), il flirte avec la barre des 500 et commence à prendre de plus en plus de place dans l’escouade désormais emmenée par le minot Neil O’Donnell, ancien de Maryland drafté au troisième tour en avril 1991. Blessé à la cheville quelques semaines plus tard, son bel élan est brisé. Absent trois semaines, il revient le temps de trois perfs anecdotiques avant d’à nouveau se blesser et de finir la saison sur la réserve des blessés, privé des trois dernières rencontres. Terriblement frustrant.

LE PENDANT

1992. Une nouvelle ère. Pour la première fois en 23 ans, le légendaire Chuck Knoll n’est plus sur le banc à beugler ses consignes. Plus de Terry Bradshaw, plus de Franco Harris, plus de doublette Lynn Swann et John Stallworth sur les ailes, plus de Steel Curtain emmené par l’édenté Jack Lambert. Tout ça fait désormais partie d’un passé révolu. Il est temps d’écrire une nouvelle page. Au lieu de cette flopée de Hall of Famers, un Neil O’Donnell encore en rodage aux manettes de l’attaque, un Rod Woodson jeune, mais déjà fringant pour protéger le fond du terrain et le globetrotteur Sud-Af’ Gary Anderson pour empiler les points. Un casting mou du genou au sein duquel Barry Foster ne fait pas davantage rêver que ses coéquipiers lambda. Après une campagne 1991 dans le rouge pour la der de Chucky (7-9), la tâche de Bill Cowher s’annonce aussi dure que de l’acier trempé. Un défi de rêve pour ce natif de Crafton, dans la banlieue de Pittsburgh, qui vient de décrocher son premier boulot de head coach après trois saisons à diriger la défense des Chiefs de Derrick Thomas. Un profil taillé pour le poste.

Sans quarterback au-dessus de la moyenne, avec un arsenal offensif maigrichon et une défense encore tendre, les Steelers comprennent vite que leur destin passera par un seul homme. Barry Foster. Ce type aux presque 700 yards et deux petits touchdowns en deux saisons chez les pros.

« Je n’ai pas la pointe de vitesse de bien des coureurs, mais j’ai la vitesse suffisante pour arracher des yards par grosse poignée, » reconnait modestement Barry dans les pages de Sports Illustrated en décembre 1992.

Le dimanche précédent, il a de nouveau éclipsé la barre des 100 yards face aux Bengals. Pour la neuvième fois en douze rencontres. 102 pions qui lui permettent de pointer à 1319 unités et d’effacer Franco Harris des tablettes. Jamais un coureur des Steelers n’a fait aussi bien. À deux matchs du terme de la saison, aucune type n’a dévoré autant de yards au sol que lui. Tenant du titre de running back le plus prolifique, le glouton texan Emmitt Smith pointe à 71 longueurs derrière. Une domination sortie de (presque) nulle part qui propulse des Steelers pourtant en pleine reconversion à la table des prétendants.

Homme pressé, après quatre semaines de compétition, Barry pointait déjà à presque 450 unités et trois touchdowns malgré une performance anémique face aux Chargers. 21 courses, 36 yards et un piteux 1,71 yard de moyenne qui n’empêchent pourtant pas les Steelers de s’imposer nettement 23-6. En semaine 2, gavé de ballons, il a beau échapper trois fois la gonfle, il passe 190 yards et deux touchdowns aux Jets. Au Lambeau Field, porté par une ligne offensive qui lui mâche le travail, il n’a besoin que de 12 courses pour engloutir 117 longueurs à la moyenne folle de 9,75 yards. Face à Indy, il claque 168 yards et deux touchdowns. Épicentre du système offensif de Ron Erhardt, Barry a beau polariser l’attention des défenses adverses et réduire O’Donnell à un rôle de game manager, les défenses adverses sont incapables de le ralentir. Et quand elles pensent l’avoir neutralisé, c’est pour mieux se faire berner. Comme face aux Lions en semaine 11, quand O’Donnell se blesse à la hanche et sa doublure profite d’un Foster transformé en leurre pour trouver les mains de Tim Jorden pour le touchdown de la gagne.

Privé de son quarterback durant quatre des six rencontres de la saison, l’équation n’est soudain plus la même. Sans un Barry fringant, la victoire se révèle tout bonnement inenvisageable. En semaine 14, les Bears en profitent, limitent Foster à 25 yards, son pire match de la saison, et les hommes de Bill Cowher sont balayés 30-6. Réduits à un schéma offensif unidimensionnel, ils doivent batailler pour plumer des Seahawks pourtant bien nazes (2-11) et s’en remettre une énième fois aux jambes de feu de Barry pour arracher de précieux yards et signer le touchdown gagnant. « On joue vraiment affreusement, » reconnait Rod Woodson. Mais ils peuvent toujours compter sur leur locomotive texane. Comme en semaine 13. Cet aprèm-là, David Kingler a beau déguster l’Astroturf 8 du Riverfront Stadium de Cincinnati à dix reprises, Barry claque un doublé, 102 yards et Pittsburgh s’impose sans forcer.

12/16. Barry efface finalement les 100 yards à douze reprises et égale le record du binoclard Eric Dickerson. Pendant ce temps-là, l’ancien Bulldozer de Michigan Leroy Hoard, préféré à Foster par les Browns au deuxième tour, claquera 236 malheureux yards sur l’ensemble de la saison. La meilleure, jusque-là, de sa carrière embryonnaire. De quoi faire rire jaune l’ancien Razorback. Depuis 1946, aucun running back des Steelers n’a bouclé une saison au sommet du classement des coureurs. Pas même John Henry Johnson, premier homme de fer à briser la barre des 1000 yards dans les années 60. Ni Franco Harris, le Hall of Famer au modeste record de 1246 yards en 76. En 46, il avait fallu seulement 604 yards, hilarants au regard des standards d’aujourd’hui, à Bill Dudley pour finir en tête de la liste des coureurs. 92 de moins qu’en 42, lorsqu’il avait décroché sa première couronne, mais 37 de plus que Whizzer White en 1938, le seul autre Steelers à avoir réalisé pareil fait d’arme. La préhistoire pour une NFL passée entre-temps de l’amateurisme au professionnalisme. Quand la saison régulière touche à sa fin, « L’Autre Barry de la NFL » (en référence au tout puissant Barry Sanders) pointe à 1690 yards et onze touchdowns. À 200 longueurs devant Thurman Thomas, mais à 23 d’Emmitt Smith, qui l’aura soufflé sur la ligne pour conserver sa couronne.

Malgré quelques frayeurs et un football offensif restrictif loin d’être excitant, les Blitzburgh Steelers et leur entassent onze succès et décrochent le titre de la Division Centrale de l’AFC grâce au redoutable rempart défensif commandé par Dom Capers et Dick LeBeau. Avec la fin de saison et les playoffs en ligne de mire, Barry Foster a déjà la tête à la renégociation salariale qui s’imposera inévitablement durant le printemps et même l’été s’il le faut. Quand bien même les deux parties ont déjà renégocié les termes de sa dernière année de contrat en début de saison.

« Ça sera toujours une affaire d’argent, » explique-t-il sans détour à Peter King de SI. « C’est la contrepartie de la célébrité, non ? Envoyer l’équipe en playoffs, tout faire pour décrocher une bague de champion et amasser autant d’argent qu’on peut. C’est pour ça qu’on est là. »

En playoffs face aux Bills, l’ancien Razorback a beau effacer la barre des 100, Frank Reich donne une leçon à O’Donnell, Kenneth Davis donne des sueurs froides à la défense de Pittsburgh et les Steelers sont refroidis d’entrée sans planter le moindre touchdowns. Ils devront se contenter de trois petits points. Le Joueurs Offensif de l’Année dans l’AFC n’aura pas suffit.

L’APRÈS

Sur la lancée d’une campagne 1992 indécente, toujours investi de la pleine confiance de Bill Cowher, Barry Foster démarre pied au plancher. À la mi-parcours, s’il n’a effacé la barre des 100 longueurs qu’à trois reprises, il flirte régulièrement avec et pointe déjà à près de 700 yards et huit touchdowns dans un registre moins explosif et plus laborieux où il peine à gagner 4 yards par course. Puis c’est la tuile. Face à des Bills qui se mettent décidément fréquemment en travers de son chemin, Barry se pète salement la cheville. Il ne rejouera plus de la saison. En 1994, le même refrain. Ou presque. 179 yards au sol, 13 dans les airs, face aux Colts en semaine 3, il fait mieux à lui tout seul que l’ensemble de l’attaque des canassons. Chaud comme la braise, il éclipse une nouvelle fois les 100 yards face à Houston quinze jours plus tard, avant d’échouer à l’infirmerie pendant presque un mois et de laisser le champ libre au rookie Bam Morris. De retour aux opérations pendant trois semaines, le temps d’empiler près de 200 longueurs, il est de nouveau sur le flanc pendant deux matchs avant de retrouver les Browns de Leroy Hoard pour l’antépénultième rencontre de l’année. Huit courses et 25 yards d’un côté ; 32 ballons, 106 yards et un touchdown de l’autre, Barry donne une leçon de travaille de sape et les Steelers l’emportent sans briller.

Deux dimanche plus tard, bis repetita. Au premier tour des playoffs, Hoard arrache huit pauvres yards en trois ballons pendant que Barry Foster en entasse 133 et que la doublette Bam Morris-John Williams en ajoute une centaine de plus. Les Steelers matent les molosses et s’offrent une revanche de la semaine 17. Battus sur le fil à San Diego trois semaines plus tôt (34-37), les joueurs de Pennsylvanie sont de nouveau électrocutés par les Californiens. Gavé de ballons (20), Foster est incapable de trouver la faille derrière une ligne offensive dépassée et fait du surplace. 47 yards. Portés par un Neil O’Donnell plus inspiré, les Steelers empilent près de deux fois plus de yards que les Chargers, mais se fond écoeurer par deux flèches de 43 yards de Stan Humphries dans le second acte. Sur la dernière action du match, menés 17-13, les joueurs de Pitt sont à trois yards du bonheur. Fourth-and-goal. En bouclier sur le côté, Barry détecte l’absence totale de pass rush et en profite pour s’éclipser sur le flanc. Première lecture, deuxième lecture, troisième lecture. Quand O’Donnell zieute vers sa quatrième option, il est déjà trop tard. Le linebacker Dennis Gibson a déjà tout lu et coupe la passe destinée à Foster. Clap de fin. Le coureur vient de jouer son dernier down sous la tunique couleur abeille des Steelmen. Aux portes du Super Bowl, il vient même de disputer ses dernières actions de footballeur.

« T’es une jeune star, tu penses que tu es en pleine ascension et soudainement, sans que tu t’y attendes, tes aptitudes commencent à régresser, » raconte-t-il en 2003. « J’ai fait face à ça tout seul. Je voulais que personne d’autre ne le sache. »

Fragile et dispendieux, supplanté par la jeunesse de Bam Morris, Barry est remercié quelques semaines plus tard après que les Steelers aient fait l’acquisition de l’ancien Falcon Erric Pegram, espérant qu’il renoue avec ses beaux 1200 yards de 1993. Expédié chez les nouveaux-nés de Carolina, il foire la batterie de tests physiques, est poliment congédié et choisit de raccrocher. Quelques semaines plus tard, quand Ki-Jana Carter, futur bust XXL drafté numéro un par les Bengals au printemps dernier, se pète le genou en pré-saison, Barry se laisse tenter par un comebackDeux jours après avoir paraphé un contrat d’un millions de billets verts, il revient sur sa décision, quitte Cincinnati et abandonne son casque pour de bon. À 26 piges, il se sent dans la peau d’un type de 60 ans. Le plastron qu’il porte sur ses épaules semble désormais peser une tonne. Ses finances bien gérées tout au long de sa courte carrière malgré quelques écarts de jeunesse, son compte en banque bien garni, il rembourse même son bonus de signature de 300 000 balles aux Bengals et part à la retraite sereinement.

« J’ai eu mes moments de gloire, mais la durée de vie d’un coureur dans la NFL est généralement courte, » concède-t-il dans les pages web de WholeHogSports en 2013. « Les running backs ne durent pas bien longtemps parce qu’on se fait écrabouiller. »

Près de 4000 yards au sol, un peu plus de 800 dans les airs, un total de 28 touchdowns, deux Pro Bowls et une saison 92 sensationnelle couronnée d’une flopée de distinctions. Si Barry raccroche prématurément, il peut être fier de ce qu’il a accompli à un poste où la longévité relève davantage de l’exception que de la norme.

« On veut tous accomplir plus, » renchérit-il. « On veut tous la carrière d’Emmitt Smith ou celle de Barry Sanders, mais elles sont réservées aux Hall of Famers. Rares sont ceux capables de réaliser ce qu’ils ont fait. »

Le corps cabossé, la caboche amochée par les commotions, Foster ne renonce pas au football pour autant. En février 2003, reconverti aspirant coach depuis plusieurs mois, il rejoint les Rhein Fire en Floride pour le début de leur camp d’été. Après quelques piges sans lendemain du côté de Washington et Buffalo décrochées grâce à ses bons contacts, il tient enfin un poste moins éphémère qu’un stage de quelques semaines. Un poste décroché grâce à des coups de fil insistants à destination de Nick Polk, une des grosses pointures de la NFL Europe. Après quatre semaines d’appels quotidiens, même jusqu’au Mexique, il décroche enfin. Les vertus de la persévérance.

« Je ne vais pas leur apprendre à courir le 40 yards en 4,4 secondes, mais je peux leur enseigner les fondamentaux » reconnaît-il modestement auprès de Jerry Diapola du TribLive. « Si tu veux devenir un joueur à succès dans la NFL, de bons fondamentaux sont indispensables. »

Coach des running backs, il échoue à quelques foulée du titre lors du World Bowl XI remporté par le Frankfurt Galaxy. Cette expérience outre-Atlantique achevée, aucune offre ne lui parvient. Il en arrive à une évidence : jamais on ne lui confiera les rênes d’une équipe. Mettant le ballon à lacet de côté quelques temps, Barry dégote un boulot de chargé de clientèle pour Dr. Pepper avant d’enchaîner avec un boulot d’opérateur dans une raffinerie pour Shell.

« J’avais une femme et des enfants, alors j’ai décidé que je voulais m’éloigner du sport et me trouver un boulot normal, » explique-t-il en 2003. « Les deux se sont révélés être de très bons emplois avec d’excellentes entreprises, mais je ne me sentais pas pleinement épanoui, c’est pourquoi je me suis tourné vers l’enseignement et le coaching. »

De retour au bercail, dans la banlieue de Dallas, Barry se reconvertit en prof d’éducation physique pour les gamins de Delay Middle School, à Lewisville. Coach de basket, football et athlé, il transmet sa fibre du sport à des ados entre onze et quatorze ans. Et il y prend un plaisir authentique. « Je suis vraiment excité et fier de ce que je fais. » La même fierté avec laquelle il se remémore cette année 1992 idyllique. Cette année 1992 qui l’a fait entrer dans le livre d’or de l’une des franchises les plus prestigieuses de la NFL. Près de trois décennies plus tard, son record tient encore. Effleuré seulement par l’immense Jerome Bettis en 1997. Une année formidable. A one-year wonder.

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