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[One-Year Wonder] Derek Anderson : le confort de l’ombre

Son plus haut fait d'arme : être pote avec une Playmate

Le temps d’une saison, ils y ont cru. Le temps d’un match, ils ont tutoyé la gloire avant qu’elle ne les fuit inexorablement. Brutalement parfois. Une idylle sans lendemain. Un coup d’un soir. Un one-night stand. Des one-year wonders. Ces stars aussi éphémères que des étoiles filantes.

L’AVANT

Scappoose, Oregon. Skáppus en amérindien. Un ancien comptoir de la Compagnie de la Baie d’Hudson qui tient son nom d’un village Chinook planté à quelques bornes de là, sur le flanc ouest du canal Multnomah. Un village presque entièrement décimé par une maladie apportée par les premiers colons européens à s’être installés dans ces terres longtemps demeurées inconnues du monde occidental. Quand on tend le regard vers l’est, par-delà les tentacules de la Columbia River, frontière naturelle entre l’Oregon et l’État de Washington, on peut deviner la gueule cassée du mont Saint Helens, vieillard de 35 000 piges défiguré par son éruption destructrice et meurtrière de mai 1980. Cela fait trois ans à peine que le volcan s’est réveillé avec fracas quand Derek Anderson vient au monde dans ce bled d’à peine plus de 3000 âmes. C’est là-bas, à une quarantaine de bornes au nord-ouest de Portland, dans cette espèce de grande famille où tout le monde se connait qu’il découvre le football.

« Si vous allez au Varsity Bar and Grill, vous risquez de croiser tous les gens que vous connaissez, » décrit-il à ESPN en 2007. « C’est la vie de village comme on l’aime. »

Au lycée de Scappoose, le seul, basketteur et footballeur talentueux et bien plus grand et gros que tous les autres ados de son âge, Derek est coaché par son ancien prof de sport de primaire. Receveur exagérément grand pour sa première année au bahut, il est rapidement repositionné derrière le centre, général en chef d’une attaque qu’il domine de la tête et des épaules. Au propre, comme au figuré. Tellement que par bonté d’âme pour ses petits rivaux, on lui refuse purement et simplement le droit de jouer quarterback en quatrième. Passeur démesuré, instinctif, précoce et tout simplement trop fort en Class 3A, il contribue à la montée en puissance d’Indians qui s’apprêtent à décrocher trois titres d’État consécutifs.

« Il a toujours été plus gros que tout le monde, » se souvient son coach, Sean McNabb. « Il a toujours eu une excellente coordination et une agilité remarquable. Il est également capable de bouger. Il peut aisément s’échapper. C’est un gamin phénoménal, en tant qu’athlète comme en tant que personne. […] »

Quand il ne décoche pas des passes sur un terrain de foot ou ne claque pas des dunks sans sauter sur les parquets, il drague Lisa, celle qui deviendra sa femme des années plus tard. D’un an plus jeune, elle est la meilleure amie d’une certaine Sara Jean Underwood, une jolie blonde qui deviendra connue en posant en tenu d’Ève dans les pages de Playboy. L’autre célébrité de Scappoose.

Senior injouable peu importe le ballon ou la surface, Derek est nommé meilleur footballeur et meilleur basketteur de tout l’Oregon et forge un peu plus sa légende. « C’est le héros local, » confirme David Mayo, de huit ans son cadet et futur joueur des Panthers, lui aussi. « Tout le monde à Scappoose sait qui est Derek Anderson. » Treize victoires, pas le moindre revers, le premier de trois titres d’État d’affilée, il entasse 3608 yards dans les airs, plante 40 touchdowns et ne se fait intercepter que sept petites fois. Il n’a besoin que de quatre matchs de playoffs pour empiler 1200 yards, marquer à huit reprises et asseoir un peu plus sa réputation de pépite au bras canon. Sélectionné pour jouer le premier National High School Football All-Star Game à Dallas, Texas, le 30 décembre 2000, il se glisse dans le trio de finalistes de la région Far West pour le High School Heisman Award récompensant le meilleur lycéen de tous les States.  

« C’est un honneur incroyable, » commente-t-il modestement, mais fièrement à Mark Woodworth d’ESPN en juillet 2001. « C’es tellement cool. J’en ai ai pas cru mes oreilles quand j’ai appris la nouvelle. »

Derek quitte Scappoose High avec plus de 8000 yards et 85 touchdowns au compteur et une réputation qui dépasse très largement les frontières de son État de toujours. Dans le top 50 du site spécialisé Rivals.com, dans le top 20 d’ESPN, All-Américain convoité aux quatre coins du pays, en fan invétéré des Beavers, Anderson opte finalement pour Oregon State. Son équipe de coeur, plutôt que la forteresse de Florida State, ses neufs bowls consécutifs et ses deux titres nationaux en moins de dix ans. Le confort de la proximité.

Freshman, géant de près de deux mètres qui ne lance que 41 passes, n’en complète que 17, efface péniblement les 250 yards, ne marque qu’une fois et se fait intercepter à trois reprises, barré par le senior et futur coach des Beavers, Jonathan Smith, Derek pense un temps lâcher le ballon à lacet pour la grosse balle orange avant de vite revenir à la raison. À son amour de toujours. Son premier amour. Junior investi des pleins pouvoirs, il se retrouve aux commandes d’un effectif jeune, affreusement inexpérimenté et orphelin des tauliers de 2000. Ceux qui avaient porté les Castors au quatrième rang national et qui s’étaient offert le Fighting Irish de Notre Dame sur la scène du Fiesta Bowl. Un temps révolu.

Pour sa première titularisation universitaire, Derek Anderson balance 345 yards et trois touchdowns dans une démonstration face aux piètres Colonels d’Eastern Kentucky. Rassurant plus que convaincant. Après un mois à se coltiner du menu-fretin, OSU est toujours invaincu et Derek comptabilise déjà 1201 yards, quinze touchdowns et une seule interruption. Un état de grâce qui va vitre prendre fin sur le gazon du Coliseum de Los Angeles. USC, UCLA, ASU. Face aux grosses pointures de la Pac 10, le quarterback découvre un football qui va encore trop vite pour lui et ses potes. S’il se reprend face à Berkley et Arizona, il se rate dans les grandes largeurs dans le chenil des Huskies de Washington avant de se ressaisir sur le terrain du Cardinal de Stanford et de plumer les Canards d’Oregon dans la première « Guerre Civile » de sa carrière. 370 yards, quatre touchdowns et pas la moindre interception – fait d’arme pour un type qui en balancera 24 cette année-là –, malgré une précision encore douteuse, Derek s’offre un succès de prestige et gagne en confiance. « C’est un gamin de l’Oregon et il a tout donné pour le Super Bowl de l’Oregon, » se réjouit Richard Seigler, linebacker des Beavers. Deux ans plus tôt, il était en tribunes, dans le costume du fan. Deux ans plus tard, il est sur le terrain, dans le costume du héros.

« J’étais au match ce jour-là et j’espérais me retrouver là un jour à faire ce que je viens de faire, » souffle-t-il à ESPN après le match.

2003. Dennis Erickson parti se ramasser chez les 49ers, Derek Anderson doit ingurgiter un tout nouveau playbook offensif. Heureusement, il peut compter sur le bulldozer Steven Jackson pour lui ôter un peu de pression. Pendant que le futur Bélier engloutit plus de 2000 yards en attaque et inscrit la bagatelle de 22 touchdowns, le passeur alterne le très bon et le très mauvais. Le très bon, comme lorsqu’il passe plus de 300 yards et 4 touchdowns à Arizona avant de flirter avec les 400 et de s’offrir un nouveau triplé face à Stanford. Le très mauvais, comme lorsqu’il est intercepté cinq fois par Fresno State ou quand il balance quatre ballons dans les mauvaises mains face à USC malgré près de 500 yards dans les airs. Au milieu de tout ça, un gloubi-boulga de performances passables où les yards, le déficit de précision et les turnovers sont généralement au rendez-vous. Steven Jackson offre le Las Vegas Bowl sur un plateau en claquant un quintuplé face aux Lobos de New Mexico et Derek conclut son année de junior avec autant de touchdowns que d’interceptions (24), une précision tout juste au-dessus de la moyenne et 4058 yards. Un record pour le programme de Corvallis et seulement le quatrième homme à franchir la barre des 4000 dans la Pac 10.

Jackson parti à St. Louis dès le 24e choix général, Anderson le fou de la gâchette se retrouve plus esseulé que jamais en attaque. Battus en prolongation dans l’enfer de Baton Rouge face aux numéro 3 de LSU, les Beavers se ratent sur le gazon bleu de Boise State, plombés par un Derek dans toute sa splendeur. 411 yards, quatre touchdowns, mais quatre interceptions. Après quatre revers durant les cinq premières semaines, le passeur gomme ses maladresses, règle la mire, tourne à plus de 300 yards de moyenne et OSU ne perd qu’une seule des sept dernières rencontres de l’année. Pour sa der universitaire, le gamin Scappoose écoeure une nouvelle fois la cathédrale de Notre Dame dans un Insight Bowl tué dès le premier acte. Face à un Brady Quinn encore sophomore, Derek fait parler son expérience et passe plus de 350 yards et quatre touchdowns à la défense d’un Fighting Irish pas si combattif que ça.

À l’approche de la draft, un seul nom est sur toutes les lèvres. Et ça n’est pas celui de Derek. Ni celui d’un passeur pas trop maladroit qui aura porté les couleurs de Cal pendant deux années seulement sans véritablement affolées les compteurs. Non, tout le monde n’a d’yeux que pour Alex Smith, passeur d’Utah aux stats pas davantage affriolantes que son compère californien, mais qui profite d’une cuvée maigrichonne, sur le papier, au poste de lanceur. L’ancien Utes drafté en première position par les 49ers, il faut attendre le 24e choix pour que les Packers ne flairent le bon coup et ne misent sur Aaron Rodgers. Un choix plus tard, Washington ne rencontrera pas le même succès en s’emparant de Jason Campbell. Charlie Frye, Kyle Orton, Dan Orlovsky, autant de types moyens au milieu d’une poignée de joueurs tout juste bons à jouer les doublures, puis vient le tour de Derek. Il n’y croyait plus. Au sixième tour. Onzième homme d’une cuvée de quatorze passeurs qui va encore faire poireauter quelques choix Matt Cassel et Ryan Fitzpatrick. Pourtant, jamais il ne portera les couleurs de l’équipe qui l’a drafté.

Recruté par des Ravens visiblement satisfaits par le tandem Kyle Boller/Anthony Wright, il est remercié le 15 septembre 2005 sans jamais avoir disputé le moindre snap sous le plumage orange de Baltimore. Réclamé par des Browns intrigués dès le lendemain, il ne touchera pas davantage au ballon, barré par le vétéran fraîchement débarqué de Seattle Trent Dilfer et l’autre rookie Charlie Frye. L’ancien Buc déjà reparti direction la baie de San Francisco en 2006, c’est le sophomore d’Akron qui se retrouve investi des pleins pouvoirs en attaque. Figurant durant les trois quarts de l’année, il doit attendre une blessure au poignet de son rival face aux Chiefs pour le premier dimanche de décembre pour enfin toucher au cuir et monter un joli comeback. Titularisé durant les trois semaines suivantes, il peut enfin se dégourdir le bras, mais se montre effroyablement maladroit. Face aux Buccaneers, il lance quatre interceptions et porte déjà son total à huit.

LE PENDANT

2007. Depuis trois ans qu’il traîne sa longue carcasse de près de deux mètres de haut le long des terrains lacérés de blanc de la NFL, Derek Anderson n’a disputé que cinq petits matchs. Et quand Cleveland gaspille son 22e choix général sur la belle gueule de Brady Quinn, déjà barré par un Charlie Frye moins médiocre que lui dans la hiérarchie, l’horizon s’assombrit salement pour le géant de la côte ouest. Suffisamment convaincant durant l’été, le local de l’étape, né dans l’Ohio et quarterback d’Akron à la fac, conserve son rôle de titulaire acquis en cours de saison passée. Dur à encaisser pour Anderson. Dix. Dix passes seulement vont suffire à totalement renverser une saison pourtant bien mal embarquée. Dix passes, quatre qui font mouche, six ratées et une qui finit dans les mauvaises mains. Au bout de cinq drives ineptes qui se bouclent trois fois sur un sack et une fois sur un turnover, Romeo Crennel en a assez vu et envoie Frye mijoter sur le banc. Pour Derek, dans un match qui semble déjà hors de portée, it’s time to shine ! S’il a beau planter un touchdown pour l’honneur, il lâche un ballon sur sa première série et balance une interception presque anecdotique dans une partie dominée de la tête et les épaules par les Steelers. Il va falloir attendre une semaine pour que la Derek Mania fasse passer ses premiers frissons.

Le 11 septembre, Charlie Frye le choix de 3e tour de 2005 est envoyé à Seattle en échange d’un pick de 6e tour. Profitant du déficit d’expérience de Brady Quinn, promu titulaire pour la première de l’année dans le chenil des rives du lac Érié, Derek Anderson va sortir le match de sa vie. Pourtant, quand il balance sa cinquième passe dans le vide en autant de tentatives, le Cleveland Browns Stadium commence à grogner et se met à réclamer Brady Quinn. Deux passes, 37 yards et un touchdown plus loin, le malentendu est dissipé. Dans une orgie offensive face aux Bengals d’un Carson Palmer tout aussi flamboyant, le quarterback répond aux 401 yards et six touchdowns de l’ancien Trojans de USC par 328 longueurs et cinq touchdowns pendant que Jamal Lewis passe plus de 200 longueurs à des félins en transpercés de toute part. 

Comme s’il avait tout donné face à Cincy, Derek galère pendant les trois semaines suivantes, enchaînant les erreurs et butant régulièrement dans la redzone. S’il flirte régulièrement avec les 250 yards et marque cinq fois, il catapulte six interceptions, mais sauve l’essentiel en matant les Ravens à la maison entre deux revers sur les terrains des Raiders et de Pats imbattables, en route pour l’histoire. Pour les deux derniers dimanches d’octobre, d’humeur paresseuse, le quarterback va faire un vulgaire copier-coller. 25 passes tentées, 18 réussies, 245 yards face aux Dolphins, 248 dans la bergerie des Rams, trois touchdowns sans la moindre interception à chaque fois et deux victoires probantes qui maintiennent les Dawgs dans la courses aux playoffs. Début novembre, face aux Seahawks, Jamal Lewis et Derek Anderson se partagent le boulot. Pendant que le quarterback dégote plus de 350 yards dans les airs, mais se casse les dents sur la endzone, le running back, bien contenu, s’offre un triplé qui permet aux protégés de Romeo Crennel d’enchaîner un troisième succès consécutif, une première depuis 2001. Tous les compteurs sont au vert.

« Il a pris le taureau par les cornes et il n’a rien lâché depuis, » se réjouit Romeo Crennel dans les pages du Seattle Times en novembre 2007. « Le niveau de confiance de D.A. est au top en ce moment parce qu’il gagne. »

Battus d’un souffle à Pittsburgh malgré un triplé aérien d’Anderson dans un match où l’attaque ne conquiert que 163 yards pendant que la défense, submergée, en avale plus de 400, les Browns rebondissent rapidement dans un match haletant au M&T Bank Stadium de Baltimore. Muet dans les airs malgré un bras que dégaine près de 40 ballons, Derek marque au sol, Lewis l’imite et Phil Dawson égalise de 51 yards sur la dernière action du temps réglementaire avant d’offrir la victoire en prolongations. Solide face à Houston le dimanche suivant, celui que le vestiaire surnomme Goofy (Dingo en version frenchy) – à force de parader avec son épaisse chapka aux oreilles tombantes – décroche déjà son septième succès de l’année. Une comparaison que certains pourraient trouver peu flatteuse, mais qui ne froisse pas le quarterback. Au contraire même, il se retrouve un peu dans ce personnage benêt, mais surtout mollasson et optimiste, qui ne semble jamais trop se soucier de ce qui se passe autour de lui.

« J’essaie toujours de rester détendu, » reconnait-il dans les pages web d’ESPN alors que l’année 2007 vit ses derniers jours. « Si vous devenez strict avec vous-même, alors vous vous mettez à tout remettre en question. J’ai réalisé que je jouais mieux quand je jouais relâché. »

Chill, mais pas hippie pour autant comme le soupçonne un temps son coach, trahi par les tongs et fringues à la cool de son quarterback. Une attitude relax qu’Aaron Rodgers approuverait les yeux fermés et qui lui vaut l’admiration de Phil Savage, GM des Browns. « Plus le match se tend, plus il est détendu. C’est un sacré atout à avoir. » Une sérénité primordiale dans une fin de saison éprouvante où le moindre écart pourrait coûter cher. Comme celui concédé sur le terrain des Cards pour le deuxième jour de décembre. Imprécis et maladroit dans l’Arizona malgré une défense pour une fois pingre, Derek se rattrape et va chercher un succès clé sur le terrain des Jets avant de se débarrasser des Bills dans une boucherie où il ne complète que neuf de ses 24 passes. Sous la neige collante et abondante, il doit se contenter de 137 yards dans les bourrasques de poudreuse et s’en remettre abondamment à un Jamal Lewis qui court 33 fois et arrache plus de 160 unités. Victoire 8-0. Laid, mais terriblement précieux. Surtout que le week-end suivant, dans la cage de tigres du Bengal revanchards, il livre l’un des pires matchs de sa jeune carrière. Ses 250 yards et deux touchdowns dans un second acte où Cincinnati reste muet ne suffisent à gommer ses quatre interceptions, dont trois consécutives, à cheval entre le deuxième et le troisième quart-temps.

Vainqueurs tranquilles en clôture face aux 49ers malgré un Anderson passable, les Browns raflent leur dixième victoire de l’année. Une première depuis leur réactivation en 1999. Une première depuis 94, à l’époque où Bill Belichick les avaient portés jusqu’au deuxième tour des playoffs après un succès face aux… Patriots en wild card. Une autre époque. Pourtant, malgré un bilan de 10-6 identique à celui des Steelers, battus deux fois par leurs rivaux de Pennsylvanie, Cleveland rate d’un souffle son premier titre de division depuis 1989. Pire, devancés par les Titans à cause d’un moins bilan de conférence, les Dawgs devront mater les playoffs à la téloche malgré leur saison la plus aboutie en plus d’une décennie. Un uppercut en pleine tronche pour un Derek Anderson qui vient pourtant de réaliser sa plus belle année de footballeur. Loin des plus de 4800 yards d’un Tom Brady injouable, à bonne distance d’un Drew Brees fidèle à lui même ou de la triplette Tony Romo, Brett Favre et Carson Palmer, l’ancien Castor d’OSU s’invite dans le top 10. Neuvième homme le plus prolifique, intercalé entre le Balbuzard Matt Hasselbeck et le fumeur de Gauloise des Rocheuses Jay Cutler. 3783 yards et 29 touchdowns. Malgré 19 interceptions qui font tâche et le placent sur la deuxième marche des passeurs les plus maladroits en compagnie de l’Undrafted de Dallas, Anderson vient de réaliser l’une des meilleures campagnes dans la riche histoire des Browns. Pas aussi bien que Brian Sipe dans les 80’s, mais du calibre de l’iconique Bernie Kosar et sa tignasse bouclée.

Pro Bowler grâce au désistement de Tom Brady au lendemain du miracle new-yorkais dans le désert de l’Arizona début février 2008, Derek retrouve un flopée de potes à Hawaï. L’incontournable Joe Thomas sur la ligne offensive, Kellen Winslow II le fils modèle, un Braylon Edwards aux seize touchdowns qui savoure, lui aussi, la plus belle année de sa carrière, l’électrisant Joshua Cribbs pour remonter les coups d’envoi à toute berzingue et l’inconnu de service, le long snapper Ryan Pontbriand, spécialiste de la remise longue distance le plus haut drafté (5e tour) dans l’histoire de la NFL. Pendant qu’il savoure sa première sauterie de fin d’année, son ancienne amie de lycée, Sara Jean Underwood, est nommée Playmate de l’année 2007. Malgré des rumeurs d’envie d’ailleurs et de gros chèque dans le sillage d’une année 2007 convaincante, Derek Anderson choisit de rester dans l’Ohio et rempile pour trois saisons. Un choix qu’il ne va pas tarder à regretter amèrement.

L’APRÈS

Victime d’une commotion face aux Giants en août, il manque une bonne partie de la présaison et ne peut même pas s’entraîner. Titulaire pour l’ouverture de la campagne 2008, il va vivre un mois de septembre immonde. Incapable de faire mieux que 166 yards, il balance six interceptions, ne marque que trois fois et doit compter sur un Fitzpatrick plus moisi encore pour décrocher un succès inespéré sur le terrain des Bengals. Malgré un joli succès et une prestation convaincante, cette fois-ci, face aux Giants, Derek Anderson galère et l’inévitable se produit. Début novembre, il est benché au profit de Brady Quinn. Deux semaines plus tard, le doigt pété, l’ancien de Notre Dame est envoyé à l’infirmerie jusqu’à la fin de l’année. À peine le temps de livrer un spectacle abjecte face aux Colts, il se dézingue le genou et laisse à Ken Dorsey la responsabilité des quatre dernières défaite de la saison, aux commandes d’une attaque qui ne plante que 19 points en quatre semaines et reste purement et simplement muette pour des deux derniers dimanches d’une année 2008 moisie.

Trois touchdowns et trois victoires seulement, dix interceptions et onze sacks encaissés en sept titularisations et un bout de match. À 25 piges, après une saison 2009 tout aussi abominable, son aventure dans l’Ohio rangée dans le classeur à souvenirs, épuisé, vidé,  drainé, tout seul au volant de sa bagnole à l’arrêt, Derek Anderson envisage un temps de raccrocher prématurément. Deux ans après son escapade hawaïenne, sa carrière semble dans l’impasse. 

« J’étais fini, » révèle-t-il à nfl.com en 2016. « Mentalement, je n’étais vraiment plus là. J’en avais assez. J’avais des affaires extra-sportives à régler. Sur le terrain, ça n’était pas fameux et j’ai en quelques sorte abandonné les raisons qui m’avaient porté jusqu’où j’en étais. »

Malgré les doutes, Derek signe pour deux ans chez des Cards orphelins de la légende Kurt Warner, partie à la retraite. dans une franchise en pleine gueule de bois qui se réveille des deux saisons les plus trépidantes de son existence centenaire. Anquan Boldin envolé dans le Maryland, le quarterback peut quand même compter sur les mains en or de Larry Fitzgerald et l’explosivité de Steve Breaston dans les airs, pendant que Beanie Wells espère confirmer sa belle année de rookie dans la foulée d’un Tim Hightower fiable à défaut d’être étincelant. Calais Campbell, Darnell Dockett, Joey Porter, Dominique Rodgers-Cromartie, Kerry Rhodes et Adrian Wilson. Malgré du talent à tous les postes en défense, les hommes de Ken Wisenhunt galèrent, plombés par une attaque inefficace à souhait.

Près de 300 yards et un touchdown. Après un succès convaincant sur le terrain des Rams, Derek Anderson enchaîne les prestations hideuses. Maladroit, incapable de prendre la marque, il se retrouve systématiquement à devoir courir désespérément après le score. Un scénario redondant pour lequel il n’est pas équipé. Tellement qu’il est envoyé sur le banc début octobre. Le rookie Max Hall guère plus convaincant, l’ancien d’OSU reprend son bien un mois plus tard avant de retrouver la touche en semaine 12, victime d’une nouvelle commotion. L’autre rookie John Skelton prend la relève. Derek n’enfilera plus jamais la tunique rouge des Cards. Grillé en plein fou rire avec un coéquipier par les caméras alors que ses potes subissent une nouvelle débandade, il alimente malgré lui la gazette de la NFL et fait gonfler le courroux de fans découragés. Tout juste plus de 2000 yards, sept petits touchdowns, treize turnovers, 25 sacks dans les côtes et seulement trois victoires en douze rencontres disputées, il est congédiée par Arizona en juillet 2011. Un soulagement pour le passeur.

« Nous n’étions tout simplement pas très bon, » concède-t-il à The Oregonian. « Nous n’avions pas des tonnes de talent. Beaucoup de choses se sont passées tout au long de la saison. Je suis content d’être parti. »

Chômeur en pleine grève des joueurs, il aurait pu se dégoter un autre poste de titulaire dans une énième franchise désespérée, une autre pige stressante, mais Derek préfère opter pour un rôle de doublure plus apaisant. Moins drainant. Dans l’ombre de Cam Newton, il trouve l’environnement idéal qui lui faisait tant défaut, quand bien même cela implique de sacrifier considérablement son temps de jeu. Tout sauf un choix par défaut, mais une décision mûrement réfléchie. Pour lui, mais pas seulement.

« Au bout du compte, en parlant avec ma famille et mon agent, on en a conclu que c’était la meilleure situation qui soit, » explique-t-il à The Oregonian en février 2016. « Je voulais une chance de gagner un Super Bowl. À ce point de ma carrière, c’était le plus important pour moi. »

En Caroline du Nord, Derek retrouve Rob Chudzinski, coordinateur offensif des Browns lors de son passage à Cleveland désormais en charge de l’attaque des Panthers. Un type qui a très lourdement pesé dans le choix du joueur. Découragé et hors de forme après son étape dans l’Arizona et deux dernières années cauchemardesques dans l’Ohio, le quarterback retrouve le goût du football et la motivation qui lui faisait cruellement défaut auprès d’un effectif qui suinte le talent et la jeunesse. 

Pas la moindre passe en 2011, une quatre sur quatre pour une poignée de yards l’année suivante, un nouveau zéro pointé en 2013, Derek Anderson passe plus de temps le genou au sol que debout dans la poche. Un rôle de l’ombre qui lui convient à merveille. Une pré-retraite de luxe à même pas trente piges. En septembre 2014, Cam légèrement blessé, il est titularisé pour le match d’ouverture à Tampa. Serein, heureux, il livre une prestation impeccable, chirurgicale même, plante deux touchdowns et fait couler le galion floridien. Newton toujours fragile et les Panthers à côté de leurs pompes, il s’offre du temps de jeu dans des fins de match hors de portée histoire de dégourdir son bras et de claquer quelques touchdowns anecdotiques. L’ancien star d’Auburn impliqué dans un accident de la route en décembre, Anderson s’offre une nouvelle sortie soignée et un nouveau succès face aux Buccaneers. De quoi mettre un peu de péripéties dans un quotidien de footballeur paisible dont il savoure chaque instant.

« Là où je suis rendu, l’argent n’est plus le plus important pour moi, » confirme-t-il au News Observer« Tout ce qui compte c’est d’être dans une bonne équipe avec des types biens et de gagner des matchs. »

2015. Ce pourquoi il avait opté pour la Caroline du Nord plutôt qu’un nouveau challenge casse gueule. Six passes tentées, sept genoux au sol. Dans l’ombre d’un Cam Newton stratosphérique et indiscutable MVP, bien rangé aux premières loges de Panthers qui ne perdent qu’une fois, Derek retrouve son costume douillet de figurant. Un rêve éveillé. Au Varsity Grill and Bar, là où se croise le tout Scappoose, si le Derek Anderson Burger a disparu du menu, un message de soutien trône désormais sur la façade de l’établissement. Un message qui s’adresse évidemment au quarterback, mais aussi au linebacker David Mayo, un autre produit de Scappoose High qui portera les couleurs des Panthers le premier dimanche de février, sur le terrain flambant neuf de Santa Clara. Si proche, si loin. Dans un Super Bowl 50 ultra défensif, les Panthères miaulent, les Broncos rugissent et Derek, impuissant, voit la chance d’une carrière lui échapper en même temps que Cam laisse filer le cuir entre ses doigts. L’histoire eût été si belle.

S’en suit une année 2016 aux allures de longue gueule de bois où l’ancien Beaver gratte un peu de temps de jeu au gré des pépins physique de Newton. La saison suivante, on entend à peine parler de lui. Le 7 janvier 2018, il lance une passe anecdotique au premier tour des playoffs face aux Saints. Sa toute dernière sous le pelage des Panthers. Le match est déjà plié. Derek peut dores et déjà s’attaquer aux cartons. Il faudra attendre l’automne suivant pour découvrir la destination. Fin octobre, deux semaines seulement après avoir signé à Buffalo, le bizut Josh Allen sur le flanc et Nate Peterman affligeant de nullité, l’ancien Browns se trouve propulsé dans le costume du titulaire pour le déplacement au Lucas Oil Stadium d’Indianapolis. Intercepté trois fois, incapable de faire mieux que 175 yards, il vit un calvaire aux commandes d’une attaque qu’il connaît à peine. De nouveau titulaire à Foxboro, il a beau pilonner comme un dégénéré, il se casse inlassablement les dents sur la défense des Pats et Buffalo doit se contenter de six pauvres pions. Plus jamais on ne l’a revu sur un terrain de football depuis. Il a retrouvé l’ombre, celle qui lui convenait tant.

Tiré de sa retraite par les Bills un an plus tôt pour couver le rookie Josh Allen, il choisit de raccrocher pour de bon en mai 2019. À presque 36 piges, clap de fin du quatorze saisons à valdinguer d’un coin à l’autre des States. Souvent dans l’ombre, parfois dans la lumière, il fait ses adieux avec davantage d’interceptions (64) que de touchdowns (60) au compteur. Mais l’important est ailleurs. Loin des fiches statistiques. Loin de chiffres sans une once d’humanité. L’important réside dans ces moments de fraternité et de communion. Dans ces moments de bonheur simple. Dans ces moments où à force de gagner, on oublie la pression immense qui pèse sur nos épaules. Dans ces moments comme cette année 2007. Une saison a prendre son pied dans la lumière avant de retourner profiter dans l’ombre. A one-year wonder.

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