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[One-Year Wonder] Michael Clayton : l’escarmouche

Le temps d’une saison, ils y ont cru. Le temps d’un match, ils ont tutoyé la gloire avant qu’elle ne les fuit inexorablement. Brutalement parfois. Une idylle sans lendemain. Un...

Le temps d’une saison, ils y ont cru. Le temps d’un match, ils ont tutoyé la gloire avant qu’elle ne les fuit inexorablement. Brutalement parfois. Une idylle sans lendemain. Un coup d’un soir. Un one-night stand. Des one-year wonders. Ces stars aussi éphémères que des étoiles filantes.

L’AVANT

Les courbes chaloupées du Mississippi qui serpentent sur son flanc ouest, un climat tropical où le froid ne s’invite que par rares vagues épisodiques, un riche héritage colonial un coup français, un coup britannique, un coup espagnol et un drôle de nom qu’elle doit à l’explorateur, commerçant et militaire de la Nouvelle-France Pierre Le Moyne d’Iberville. C’est à Bâton-Rouge, capitale d’État de la Louisiane, que Michael Clayton passe toutes les premières années de sa vie. Dans une ville en pleine croissance qui, grâce à l’industrie pétrochimique, connaît un véritable boom démographique depuis deux décennies. En pleine croissance comme l’ado qui gagne des centimètres et s’épaissit à vue d’oeil. Très vite, Mickey Mike impose son physique imposant sous le bleu des Crusaders de la Christian Life Academy de Bâton-Rouge. Du haut de son presque mètre 90 ultra-précoce, il rend une ou deux têtes aux autres gamins de la Class A2, l’avant-dernière échelon lycéen de Louisiane. Un niveau qui ne reflète pas le potentiel évident qui suinte de ce safety à l’instinct de linebacker, capable de patrouiller aux quatre coins du terrain pour aller faucher les coureurs ou s’agripper au slibard des receveurs les plus rapides. Receveur au physique de tight end en attaque, il ressemble presque à un lineman offensif supplémentaire quand il se faufile à l’extrémité de la ligne offensive. Junior, Michael n’a besoin que d’une demi-saison et 23 réceptions pour rafler 500 yards et treize touchdowns. L’instinct de tueur. Même sans bouffer de Frosties, le Tigre est déjà en lui.

Athlète imposant, habile avec ses mains, précis avec ses pieds, il fait des ravages sur des parquets où sa carrure d’adulte dénote nettement moins. Junior, il s’incruste sur l’équipe type Class 2A au rythme de 19,4 pions par match. À tel point que son coach de l’époque est convaincu que Mini Michael a le potentiel pour jouer dans la NBA un jour. Pourtant, quand vient le temps de trancher, son amour pour le ballon à lacet l’emporte sur la grosse balle orange. Même la flopée d’offres en provenance de plusieurs programmes prestigieux du top 20 du basket universitaire ne parviennent pas à le faire changer de disque. La faute à une campagne de senior qui fait de Clayton l’un des types les plus convoités de tout le pays sur les terrains badigeonnées de blanc. Estampillé All-American par tout un tas de publications spécialisées, il s’invite dans le Top 100 d’ESPN et de Rivals.com, et apparaît sur une tripotée de listes référençant les joueurs les plus prometteurs de Louisiane comme des States tout entiers. Pour sa dernière année au bahut, dans un rôle de gadget en attaque, il court 663 yards, claque douze touchdowns, balance 338 yards de plus dans les airs et marque trois fois supplémentaires. En défense, ses 78 plaquages et cinq interceptions lui doivent une place indiscutable sur l’équipe type Class 2A. Visiblement pas résolu à abandonner Bâton-Rouge de si tôt, Michael opte pour une manufacture à receveurs de LSU encore en rodage. Un programme en pleine transition après l’arrivée de Nick Saban un an plus tôt.

True freshman, Michael Clayton trouve très vite sa place dans l’attaque pro-style de Jimbo Fisher. Receveur à temps plein à l’opposé d’un Josh Reed qui aimante tout ce qui est catapulté dans sa direction, il agrippe 754 yards, marque six fois dans les airs, une fois au sol et signe trois match à trois décimales. Jamais un Tigre bizut n’avait marqué autant de touchdowns. À l’autre bout de la ligne de scrimmage, Reed entasse le total délirant de 94 réceptions et 1740 yards. À eux deux, ils tournent à 207,8 yards par rencontre. Une seule paire fait mieux. Rodney Wright et Bernard Berrian, les deux joujoux de la sulfateuse David Carr dans le chenil des Bulldogs de Fresno State. En finale de la SEC, les Tigers prennent leur revanche de la semaine 3 en tapant les numéro 2 de Tennessee. Le premier jour de janvier 2002, dans la cathédrale du Superdome, dans une Louisiane qu’il chérit tant, Michael attrape huit passes, empile 120 yards et LSU arrache le Sugar Bowl face au Fighting Illini dans une orgie offensive pas très catholique. 

749 yards et cinq touchdowns, si Michael Clayton n’éclipse pas une seule fois la barre des 100 pour son année de sophomore malgré le départ de Josh Reed, drafté au 2e tour par les Bills, il maintient la cadence dans une attaque sapée par la blessure de son quarterback, Matt Mauck. Receveur en attaque et free safety en défense sur la pelouse du Texas Stadium pour le Cotton Bowl face aux Longhorns, il gratte 88 yards et flanque trois plaquages insuffisants. Senior capable de tout faire, titulaire capable d’enchaîner les catchs ou de bloquer sans rechigner sur l’aile de l’escouade offensive, aligné en couverture sur les coups d’envoi, il joue même les pompiers de service en cas de pépin du holder. Leader par l’exemple et l’attitude, après deux années de rodage, Michael s’épanouit enfin dans une attaque portée par le freshman Jamarcus Russell et le futur coup d’un soir Matt Flynn. 78 réceptions, 1079 yards et dix touchdowns. Aucun type dans la SEC n’attrape autant de ballons et ne bouffe autant de terrain dans les airs. Il devient seulement le quatrième homme dans l’histoire de LSU à éclipser les 1000 yards. Michael rugit à pleins crocs dans un programme qui ne perd qu’une petite fois face aux rivaux de Gainesville, remporte la SEC face à Georgia, décroche le BCS Championship Game en défroquant les numéro trois d’Oklahoma dans un Superdome de plus en plus familier et achève l’année à la deuxième place. L’aboutissement d’un projet amorcé par Nick Saban en 2001, quand les Tigres mettent le grappin sur les futures stars défenses Marcus Spears et Marquise Hill, les bloqueurs Andrew Whitworth et Ben Wilkerson, et ce gros machin floqué du numéro 14.

« Il a rejoint le programme à un moment où personne n’avait la moindre idée de ce vers quoi nous allions ou même qui étions-nous, » se souvient Saban dans les pages web de The Advocate en décembre dernier. « C’était un lycéen extrêmement convoité et je pense que, comme je le lui ai dit à l’époque, si des types comme lui se joignent à nous, ça va paver la voie pour d’autres joueurs à succès dans le futur. »

Mission accomplie. Un triomphe collectif comme individuel pour un Michael Clayton arrivé à maturité. Le genre de joueur « capable de changer le cours d’un match à lui tout seul, » d’après les mots de Bill Curry, analyste sur ESPN. Quand il quitte la Louisiane, aucun receveur de la Death Valley n’a inscrit plus que ses 21 touchdowns. Longtemps dans le viseur de Michael, Wendell Davis conserve son record de 183 réceptions d’un souffle. D’une petite unité seulement. Même près de deux décennies plus tard et le passage de types comme Brandon LaFell, Early Doucet, Dwayne Bowe, Justin Jefferson, Jamar Chase et Odell Beckham Jr, le gamin de Bâton-Rouge trône toujours confortablement dans le top 10 de toutes les catégories aériennes de LSU.

LE PENDANT

Eli Manning, Philip Rivers et Ben Roethlisberger pour animer le top 5. Les stars de Miami Sean Taylor, Kellen Winslow II et Jonathan Vilma pour muscler le top 12. Et une flopée de receveurs ultra talentueux. Larry Fitzgerald en tête dans le désert de l’Arizona, Roy Williams pour faire rugir le moteur des Lions, Reggie Williams à Jacksonville, le polyvalent Lee Evans direction Buffalo, puis vient le tour des Bucs pour boucler le top 15. Quand Paul Tagliabue resurgit sur le podium pour annoncer le choix de la franchise de Tampa, le silence en dit long sur l’incertitude qui entoure le nom sur lequel le board floridien a jeté son dévolu. Un bloqueur sur la ligne offensive, un gros bonhomme pour colmater les brèches au sol sur le front défensif, un running back pour réélectriser une attaque en panne de jus, les options sont nombreuses pour une équipe qui n’a plus drafté aussi haut depuis cinq ans. Pourtant, prenant le contrepied de la grande majorité des observateurs, pour la deuxième fois seulement dans leur histoire, les Bucs sacrifient un choix de premier tour sur un wide receiver. Un mètre 93 de muscles, un haut du corps capable de résister à la couverture la plus virile, des tracés précis et fluides, des cuts incisifs et délicats, une détente verticale aérienne, Tampa met le grappin sur un gros spécimen tout équipé, capable de se débarrasser aisément d’un cornerback agressif au point d’attaque, d’exploiter son physique pour casser le marquage et créer de la séparation, et de batailler dans les airs avec les safeties les plus athlétiques. S’il utilise de solides mains pour capter tout ce qui est expédié dans sa direction, Michael ne rechigne pas à la tâche pour se glisser dans le costume moins scintillant du bloqueur sur les situations de course. Le kit complet du parfait receveur.

À Tampa, Michael découvre un équipage en plein coup de blues. Sacrés en 2002 grâce à une défense à se pâmer, les Buccaneers de Jon Gruden sortent d’une saison décevante malgré un sursaut offensif. Sept victoires seulement, neuf revers, la troisième place de la NFC sud et les playoffs dans leur canap malgré une attaque passée du 24e rang à la 10e position. Brad Johnson reparti dans le Minnesota après une étape floridienne couronnée de succès, les pirates s’en remettent à l’expérience de Brian Griese pour donner un second souffle à une attaque qui ne manque pas de talent. Surtout après l’acquisition du futur Hall of Famer Tim Brown après quinze années passées entre la Cité des Anges et le coté obscur de la baie de San Francisco au gré des déménagements des Raiders. Le vétéran aux neuf Pro Bowls rejoint un escouade de receveurs qui peut déjà compter sur l’explosivité de l’expérimenté Joey Galloway et les mensurations absurdes de Joe Jurevicius. Sûr de lui, fiable, appliqué, tout simplement talentueux, Michael va très vite se tailler une place dans le plan de jeu offensif des Boucaniers malgré la pression immense qui pèse sur ses épaules.

« Les attentes quant à nos performances sont insensées, mais nous sommes payés pour ça, » raconte-t-il sur la page officielle des Bucs en 2004. « C’est marche ou crève. Soit on t’adule, soit on t’haït. À la fac, on tolère les erreurs, mais ici, une seule action peut sceller votre carrière. Il faut travailler fort pour toujours rester au niveau et c’est bien ce que je compte faire. »

Dès son premier match, Clayton est visé à onze reprises par l’ancien Broncos arrivé en provenance de Miami où il n’aura pas su faire honneur au glorieux héritage de Bob, son paternel. Un volume qui en dit long sur la confiance qu’on accorde déjà au gamin. La récompense d’un travail acharné et d’une débauche d’efforts qui bluffe ses coachs.

« J’essaie juste de travailler aussi dur que possible, » raconte-t-il au site officiel des Buccaneers. « J’ai essayé d’assimiler cette attaque aussi vite que possible. Je fais tout ce que peux pour impressionner le staff et gagner leur confiance pour qu’ils m’envoient sur le terrain. Et une fois que je suis dessus, je donne mon 100% pour m’assurer qu’ils maintiennent leur confiance en mes facultés. Je veux juste être certain qu’ils voient tous les efforts que je déploie, tout le reste peut se travailler à l’entraînement. »

Trois semaines, c’est ce qu’il faut à Clayton pour être promu titulaire d’une équipe incapable de remporter le moindre de ses quatre premiers matchs et qui tourne tout juste à une douzaine de points de moyenne en attaque. Pour son premier départ, l’ancien de LSU flirte avec les 100 yards et claque son premier touchdown dans une énième défaite décourageante. Les nombreux sceptiques face aux choix des Bucs en avril dernier ont déjà retourné leur veste. Le staff, lui, n’est pas du tout surpris.

« Dès le début du processus, en regardant ses bandes vidéos avant la draft, nous étions convaincus d’avoir devant nous un type extrêmement talentueux, » s’enthousiasme Richard Mann, coach des receveurs, sur la page officielle de Tampa. « C’est un joueur doué qui, nous en somme certains, s’intègre parfaitement dans le plan de jeu que nous voulons développer en attaque. »

Si l’impact sur le terrain de Tim Brown ne va jamais véritablement se matérialiser, le vétéran va se transformer en véritable modèle Clayton. Un mentor. Rigueur, éthique de travail, remise en cause constante, il répond aux mille et une questions d’un jeune receveur dont la soif d’apprendre semble inextinguible. Mi-octobre, toute sorte d’ambition déjà enterrée six pieds sous terre, Michael va littéralement exploser sur le synthétique douillet de St. Louis. Dans un match qui se solde par un inévitable revers face aux futurs Hall of Famers Marshall Faulk et Isaac Bruce, le receveur est visé treize fois, capte huit ballons et entasse 142 yards. Jurevicius et Galloway abonnés à l’infirmerie, Michael se retrouve propulsé dans un rôle de leader offensif aussi inattendu que prématuré. Pas de quoi l’effrayer pourtant. Marqueur occasionnel, contributeur régulier, en dehors d’un match qu’il traverse comme un vulgaire passant sur un passage clouté face aux Falcons début décembre, le gamin de Bâton-Rouge accumule les yards comme le plus aguerri des vétérans. Comme face à KC et Atlanta où il rafle 90 yards coup sur coup. Contre les Faucons, il ne rate aucune des six passes dégainées dans sa direction faisant preuve d’une fiabilité rare pour un rookie.

Une semaine après son coup de mou face aux piafs de Georgie, Mickey Mike remet les pendules à l’heure en captant neuf ballons pour 145 yards et un touchdown face à San Diego. Une démonstration de force insuffisante, mais qui témoigne de l’ampleur que le petit rookie prend semaine après semaine au sein d’une escouade offensive vieillissante. Un avenir prometteur. Malgré quatre revers en autant de match pour clore la saison, Michael Clayton achève sa première année chez les pros avec une fiche statistique salivante. 80 réceptions, 1193 yards et sept touchdowns. Trois records de franchise pour un receveur rookie. Mieux que Jurevicius, Galloway et Brown cumulés. En six mois à peine, le minot s’est imposé comme le leader aérien de ces Bucs en pleine reconstruction de ce côté du ballon. Dans un classement resserré, le rookie se glisse en 13e position d’une liste dominée par la Panthère Muhsin Muhammad, le tonsuré Joe Horn et la tête-fromagée Javon Walker. Michael s’invite au milieu de types comme Torry Holt, Terrell Owens, Tony Gonzalez et Chad Johnson, à distance confortable du futurs Hall of Famers Marvin Harrison ou de mastodonte comme le Globetrotteur Hines Ward et le sublime Andre Johnson.

« Je ne pense pas qu’il y ait l’ombre d’un doute sur le fait que Michael ait réalisé une saison phénoménale et ait été notre véritable talisman en attaque, » concède Joe Jurevicius au St. Petersburg Times via les pages web d’ESPN en janvier 2005. « Je lui tire mon chapeau pour les chiffres et l’intensité records avec lesquels il a bouclé la saison. Qu’il se repose un peu maintenant, qu’il profite de la saison qu’il vient d’accomplir et de l’intersaison qui s’annonce et il réitérera pareille année espérons-le. »

Un voeu pieu qui ne se réalisera jamais.

L’APRÈS

2005 devait être l’année de la confirmation, elle va être celle d’une douloureuse descente aux enfers malgré un bilan collectif nettement plus enthousiasmant. 57 longueurs en ouverture à Minneapolis, 84 la semaine suivante face à Buffalo, puis le trou d’air. Opéré du genou au printemps, moins ciblé, peu ciblé, pas ciblé du tout parfois, Michael enchaîne les prestations fantomatiques, manque quelques rencontres à cause de pépins physiques et se met à broyer du noir. Il ne fera pas mieux que 48 yards de tout le reste de la saison. Sur le terrain des Jets en semaine 5, visé une seule fois il file à la douche sans la moindre réception pour la première fois de sa carrière. Mi-novembre, il manque la réception de Washington. Ciblé une seule fois face aux Bears, puis royalement ignoré face aux Saints, il enchaine deux dimanches sans attraper la moindre balle. Absent de la der de l’année face à NOLA à cause d’une blessure au pied, il manque le duel en playoffs face à Ceux-Dont-On-Ne-Doit-Plus-Prononcer-Le-Nom et achève la saison sans le moindre touchdown et avec 372 pauvres yards au compteur. Un butin famélique au terme d’une campagne ponctuée par une flopée d’erreurs et d’errements. Mike vient de se manger le sophomore wall en pleine tronche.

En 2006, malgré les revers qui s’enchaînent, Michael Clayton semble redonner quelques signes de vie au cours des deux premières semaines. De quoi reconquérir une place de titulaire pour le troisième match de l’année. Visé trois fois, il n’attrape qu’un ballon pour 14 yards. Une semaine plus tard en Louisiane, même recette, mais deux fois moins de yards. S’il offre la première victoire de l’année dans les ultimes secondes sur son unique touchdown de la saison face à Cincinnati, dans un match où il est ciblé à onze reprises et agrippe six passes, il va lentement disparaître d’une attaque sans âme qui s’en remet au vétéran Galloway dans les airs et au déjanté Cadillac Williams au sol, rookie étincelant un an plus tôt, mais qui peine à confirmer malgré un énorme volume de jeu. À un mois du terme de la saison, Michael est finalement envoyé sur la réserve des blessés pour un bobo dont on ne connaîtra jamais la véritable nature. Il achève l’année avec 356 malheureux yards. 55 de plus que ce qu’il accomplira en 2007. Privé de peinture, en dehors de quelques prestations convenables en fin d’année, il est devenu un simple figurant dans une attaque où Cadillac Williams emprunte la même trajectoire funèbre. Le 6 janvier 2008, Michael découvre les playoffs pourtant. Furtivement. Le temps d’agripper trois ballons pour 39 yards dans un revers 9-8 face à des Giants qui briseront le rêve d’invincibilité des Pats quelques semaines plus tard. La faute à un coup d’un soir nommé David Tyree. 

En 2008, épargné par les blessures, Joey Galloway sur le déclin et emmerdé par les blessures, Michael Clayton devient un second rôle hebdomadaire convaincant dans une attaque qui se repose abondamment sur la doublette Warrick Dunn-Earnest Graham au sol et profite de l’arrivée d’un Antonio Bryant qui vit la plus belle année de sa carrière. Pendant que l’ancien Cowboy, Brown et Niner empile près de 1250 yards et sept touchdowns, Michael frôle les 500 unités et retrouve l’en-but le temps d’un petit touchdown. Malgré des prestations passables et une production à des années lumière de son année de rookie en 2004, agent libre au printemps 2009, Michael résiste aux sirènes de Seattle et rempile pour cinq années malgré un chèque moins copieux. 

Lancé dans une course aussi effrénée que désespérée après cette année de rookie aux allures d’anomalie dans une carrière qui s’enlise un peu plus année après année, Michael est à bout de coupable à pointer du doigt. Le délicat Jon Gruden n’est plus là pour le torturer mentalement. Les méchants Raheem Morris et Greg Olsen ne peuvent plus le priver d’opportunités de toucher le ballon, quand bien même chaque fois qu’il est visé, le receveur aux paluches rouillées trouve le moyen de rater la gonfle. À cours de coupables, il pointe désormais des fans auxquels il prétend ne prêter que peu de crédit. Au même titre que ces grattes-papier qui ne connaissent visiblement rien de la réalité du terrain. 

«  […] Je ne fais pas attention à tout ce qui se dit, » répond-il au St. Petersburg Times lorsqu’on l’interroge sur les critiques des fans. « Au bout du compte, l’important c’est de prendre sur soi, de se remettre en position et d’attraper le prochain ballon. Et peu importe ce qu’ils peuvent bien dire, le chèque tombe quand même dans mon compte en banque. Ça ne change pas. »

Une maladresse qu’il tentera vainement de rattraper. Mais il est trop tard, le mal est déjà fait et les fans de Tampa l’ont dans leur colimateur. Les 93 yards du match d’ouverture face aux Cowboys rangé dans une belle vitrine souvenir, les Bucs vont vite prendre la mesure de la connerie qu’ils ont commise. Receveur fiable dans ses premières années, Michael va se transformer en véritable savonnette, enchaînant les matchs sans le moindre catch malgré l’entêtement de Josh Freeman à le cibler. Visé quatre fois contre les Giants, à deux reprises à Washington, trois fois de plus face aux Pats, il ne capte pas la moindre gonfle. À Philly, il n’attrape que trois des douze ballons expédiés dans sa direction. Privé de terrain pendant quatre semaines, il conclut sa dernière année sur le galion des Buccaneers avec une fiche statistique lamentable. 230 yards, un touchdown pour la forme dans une branlée face à des Saints en route vers leur tout premier couronnement, il n’aura attrapé que seize des 48 passes dégainées vers lui. Indigne d’un mec payé des millions pour catcher des passes.

En octobre 2010, pendant quelques semaines, Michael ravale sa fierté. Flanqué à la porte par les Ducs, sans franchise fixe, il se dégote un gagne pain dans une UFL nettement plus confidentielle en attendant que la NFL revienne cogner à porte. Un jour. Peut-être. Il passera un mois sous le noir et blanc des Omaha Nighthawks avant que son téléphone ne se mette à chantonner. Steve Smith blessé aux pectos, Hakeem Nicks sur le flanc pour au moins trois semaines, les Giants ont besoin de renfort en attaque dans un rush final dans lequel ils ont encore une carte à jouer. Dans la Grosse Pomme, Michael Clayton retrouve une vieille connaissance. En 2004, à quelques semaines du grand jour, le receveur et Eli s’étaient entraîné ensemble à Brandenton, Floride, en prévision du combine.

« Avoir l’opportunité d’attraper ses passes à nouveau, à ce niveau, c’est un rêve que j’ai attendu si longtemps, » se réjouit-il au micro d’ESPN.

À l’époque, sa carrière embryonnaire était plus prometteuse que jamais. Aujourd’hui, elle semble sous respiration artificielle. Véritable figurant, il n’attrapera que deux ballons. Malgré dix victoires, les New-Yorkais manquent les playoffs et maudiront à jamais ce dimanche de décembre où ils menaient 31-10 face aux Eagles avant de s’effondrer et de tout perdre un retour de punt de DeSean Jackson entré dans la légende.

Dans le vestiaire des Giants, Clayton impose son professionnalisme hors-norme et un esprit de compétiteur infaillible. Dans un rôle de mentor pour un groupe jeune et talentueux, son talent suranné a cédé la place à un esprit vif, une connaissance précise du jeu et une véritable passion qu’il tente d’instiguer aux jeunes pousses de l’attaque. Car sur le terrain, il n’est plus bon à rien. En 2011, en civil pour les trois premières semaines, il n’est visé qu’une seule fois au cours des cinq suivantes avant d’aller finir sur la réserve des blessés une saison sans la moindre réception. Aucun cactch, mais une bague sertie de diamants grâce aux pieds de ballerine de Mario Manningham.

À 29 piges, vieillard aux yeux de la NFL, sans aucun regret, mais convaincu qu’il pourrait encore aider, il ne s’attend plus à grand chose. Surtout, en adulte prévoyant, il a déjà préparé sa vie d’après. Celle loin des terrains de football. 

« J’ai plusieurs petites affaires qui marchent très bien, chose rare chez les sportifs en général » se réjouit-il dans les pages web du site ebony.com en août 2012. « De nombreux joueurs se retrouvent sans un sou parce qu’ils ne préparent pas suffisamment bien cette transition, mais je suis toujours près à rembarquer si une équipe a besoin de moi. »

Ses gamins, ses business, une fondation et un bouquin en cours d’écriture. Le pré-retraité ne manque pas de projets. Cette dernière opportunité à laquelle il pense sans trop y croire, elle ne viendra finalement jamais. Clap de fin sur une carrière amère où Michael Clayton aura dû se coltiner pas moins de onze passeurs différents. Des plus habiles, au plus douteux. Une carrière amorcée en trombe avant une sortie de route lente et décourageante. Une carrière qui se résume à une première année chargée de mille et une promesses déçues. A one-rookie-year wonder.

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